Gros malaise dans la majorité après l’annonce du plan d’économie de Manuel Valls…

Oui, parce qu’après avoir parlé de 50 milliards d’économies comme un slogan, il fallait bien qu’un jour, on nous avoue que cela ne se ferait pas sans dommages sociaux. Comme François Hollande, les parlementaires socialistes se sont fait élire sur une politique, un discours de « sérieux budgétaire » mais pas sur ces conséquences ! Alors ils sont furieux ! C’est cette satanée ambiguïté qui mine décidément le quinquennat de François Hollande. Quand le candidat Hollande disait « mon ennemi c’est la finance », on sait maintenant qu’il fallait entendre « mon ennemi ce sont les déficits ». Et d’ailleurs ce n’est pas illogique. Moins on a de déficit, moins on est dépendant de la finance… Voilà l’argument postérieur qui justifie l’ambiguïté. Quoi que l’on pense de la nécessité de lutter avec acharnement contre les déficits, que l’on estime que ça risque de tarir les maigres sources de la croissance ou au contraire que l’on soit persuadé que c’est absolument nécessaire pour repartir sur des bases saines… ce que les électeurs sont en droit d’exiger, (et a fortiori les parlementaires qui devraient même pouvoir en débattre) c’est que la politique suivie soit énoncée clairement et que les conséquences sociales de cette politique ne soient pas en permanence masquées comme elles l’ont été. On avait pu croire qu’avec Manuel Valls à Matignon, ça en serait fini de cette ambiguïté. Pour les 50 milliards on commence à y voir plus clair. Pour les 3% de déficit, c’est plus complexe. Le Premier ministre affirme qu’on va les respecter mais alors 50 milliards d’économie, est-ce assez ? Rien n’est moins sûr… Nous revoilà dans l’ambiguïté ! On confondait en réalité la fermeté du propos, l’autorité naturelle avec la clarté de la ligne. Le péremptoire et le flou ne sont pas forcément antinomiques.

Ce manque de clarté a permis à chacun, dans la majorité, d’entendre ce qu’il voulait d’entendre !

Oui, ça a été très efficace pour gagner les élections mais c’est désastreux pour gouverner. François Hollande n’est pas le seul responsable. Manuel Valls n’a-t-il pas passé un deal politique avec Arnaud Montebourg pour que sont accession à Matignon soit possible aux yeux du Président ? Mais Montebourg, le ministre de l’économie, n’est pas d’accord avec le respect des 3%. Et, comme –par discipline- il doit s’y conformer alors il conditionne ce matin, dans Les Echos , le respect des 3% à des efforts de Bruxelles… à une réorientation de la politique européenne ! Celle-là même qui impose les 3%... comment comprendre ? C’est aussi incongru qu’un réfractaire qui dirait : OK, j’accepte de marcher au pas mais vous remplacez la musique militaire par du reggae. Aujourd’hui, la clarté s’impose d’elle-même. Elle est là, elle s’énonce toute seule, sort de la bouche du ministre des finances Michel Sapin et du Premier ministre malgré eux : on ne renégociera pas de délai pour atteindre ces maudits 3%. Bruxelles ne veut plus. Nicolas Sarkozy a négocié un report, François Hollande aussi… on ne nous croit plus ! Il faudra donc, soit renier la parole de la France soit tailler encore plus dans les dépenses en faisant une politique de rigueur à laquelle de moins en moins de monde croit, aussi bien à gauche qu’à droite ! Résultat ? Qu’ils soient pour ou contre le respect strict des 3% ou qu’ils n’en sachent rien, la plupart des députés socialistes se sentent floués… et leur électeurs avec. Floués par trop d’ambiguïté. Il est temps que François Hollande trucide définitivement le cardinal de Retz qui sommeille en lui.

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