Deux jours avant son assassinat, Charb rendait à son éditeur ce manuscrit par lequel il fustigeait, dans un style combattif (et même combattant) ceux qui, par antiracisme, amalgamaient dans ce mot (islamophobie) les racistes et les libertaires antireligieux. Au-delà de l’aspect bouleversant qu’il y a à lire le texte de celui qui allait, avec ses camarades de Charlie, mourir sous les coups des djihadistes, le texte du dessinateur donne l’occasion de faire le point sur ce terme ambigu et problématique « d’islamophobie ». Ceux qui dénoncent l’islamophobie peuvent parler, donc, des libertaires de Charlie, de ceux qui ont une peur rationnelle de l’islamisme mais aussi de ceux qui ont une peur irrationnelle de l’islam, ou de ceux qui déguisent leur racisme sous les atours de la laïcité. Cette multitude d’acceptions n’aide pas à la clarté des débats. Charlie serait islamophobe au motif qu’il ridiculise des pratiques et des idées obscurantistes. Mais la détestation de ces idées et de ces pratiques n’est pas du racisme, c’est une crainte justifiée par des violences commises, en l’occurrence, au nom d’une religion. De même, il est abusif de traiter d’islamophobes ceux qui s’opposent au port de la burqa, ceux qui refusent d’accepter que soit mise en cause la mixité des services d’urgences à l’hôpital ou dans les piscines.

Ce type de dénonciation d’islamophobie vient souvent de la gauche.

Oui, étrangement, pour une partie de la gauche, vouloir faire entrer l’islam dans le lit de la laïcité s’apparente à de l’islamophobie… En fait, une partie de la gauche n’arrive pas à traiter les excès de l’islam comme elle traiterait les excès du christianisme… tout simplement parce qu’aujourd’hui, l’islam est en France la religion des pauvres, des discriminés. Il était plus facile, plus vertueux, plus évident, de s’opposer à la religion des dominants, à un pouvoir catholique hiérarchisé et qui fut longtemps le gardien d’un ordre ancien. Le statut de victime (souvent justifié) de beaucoup de musulmans que l’on s’évertue à appeler « issus de l’immigration » après deux ou trois générations de présence en France, aveugle une certaine gauche sur des phénomènes d’extrémismes prosélytes qui progressent. Mais le terme « islamophobie " désigne – et là, à juste titre - des craintes irrationnelles, une panique identitaire et instrumentalisée ! Quand une partie de l’UMP, dans le sillage du débat sur ‘identité nationale', se demande s’il ne faut pas remettre en cause les repas de substitution à la cantine, quand on veut étendre l’interdiction du voile à l’université, ou aux mères lors des sorties scolaires, on crée des débats qui fleurent le racisme antimusulman. Ce terme d’islamophobie est donc contestable parce qu’il évoque des situations opposées. On peut toujours s’évertuer à répéter qu’il charrie trop d’ambiguïté…il est là et il faut simplement s’attacher (le livre de Charb devrait nous y aider) à comprendre les différentes acceptions qu’il peut recouvrir selon son locuteur et le contexte dans lequel il est utilisé.

« Lettre ouverte aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes » Edifions Les Echappés

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