Les conflits sociaux ne sont pas réglés, les semaines se suivent, mais politiquement elles ne se ressemblent pas… Etrange paradoxe.

L’art de la diversion… C’est vieux comme Machiavel ! Quand vous avez un problème, promenez le chien… Détournez l’attention de vos administrés pour laisser passer l’orage. C’est ce qu’a beaucoup pratiqué en son temps Nicolas Sarkozy. Quand les affaires prennent trop de place, quand le pouvoir d’achat stagne, rien de mieux qu’un bon vieux retour aux soi-disant fondamentaux, immigration, sécurité… Pour ça l’Elysée n’hésitait pas à surfer sur le premier fait divers venu.

Vous insinuez qu’Emmanuel Macron pratique lui aussi l’art de la diversion pour se sortir d’une mauvaise passe ? 

Il y a les événements qu’un Président ne maîtrise pas et ceux qu’il peut créer ou orienter à son avantage. La double opération télé TF1 et BFM entre dans cette seconde catégorie. Deux émissions pour reprendre la main et parler aussi d’autre chose. Un jour férié pour financer la dépendance, des investissements à venir dans l’hôpital, l’intéressement pour les salariés des PME… Tiens, tiens, c’est intéressant, c'est nouveau, mais qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ? Comment ils vont faire ? L’exécutif élargit la focale et donne du grain à moudre. 

La grève à la SNCF continue, mais le Président la banalise, il ne recule pas mais, en en parlant moins, il espère faire baisser la température... Ce qui contraste avec la semaine dernière, où la bataille du rail monopolisait l’agenda médiatique d’Edouard Philippe.

Il faut dire qu’entre-temps Yael, il y a eu les frappes en Syrie…

Et là on entre dans la première catégorie… Qui peut croire, et c’est pourtant ce que prétend le FN, qu’Emmanuel Macron s’est opportunément joint à Donald Trump, pour frapper et faire diversion sur la scène intérieure… Ce raisonnement ne tient pas la route. 

En revanche, la mise en scène, a posteriori, du pouvoir, du chef des armées qui veut faire respecter la voix de la France, ce débat sans vote organisé dans la foulée au Parlement, c’est de la politique. Et pour l’exécutif, c’est une respiration.  Comme l’est pour Emmanuel Macron le débat qui s’ouvre sur l’Europe, les consultations citoyennes, la grande marche, ça évite de rester embourbé dans une ZAD.

Et puis l’Assemblée finalise le projet de loi asile immigration, la réforme de la justice arrive en conseil des ministres, celle des institutions est devant le conseil d’Etat… J'arrête là la liste non exhaustive des chantiers en cours. 

A la différence de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron n’a en réalité pas besoin de faire diversion, son calendrier de réformes se suffit à lui-même, tellement dense, que les sparadraps ne peuvent pas coller très longtemps… L'opposition, les oppositions, sont obligées de courir dans tous les sens, sur des fronts multiples et mouvants.

Cet après-midi, l’Assemblée aura définitivement voté le paquet ferroviaire. Le pari d’Emmanuel Macron : les lois passent, les mouvements cassent. C’est comme ça que la majorité interprète l’absence des lycéens dans la rue, la loi Parcoursup est passée mi-février, ça laisse moins de prise… Nicolas Sarkozy pratiquait la diversion. Emmanuel Macron mise sur les effets psychologiques d'un agenda calculé dans les moindres détails.

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