L’Assemblée Nationale devrait se pencher sur le texte concernant le travail dominical à partir de ce soir ou demain. Cet épisode législatif appelle quelques commentaires. D’abord, la loi est vidée de son contenu. Les exceptions à l’interdiction de travailler le dimanche sont quelque peu élargies. Mais le principe même, selon lequel l’ouverture des commerces ce jour là est possible dans les agglomérations de plus d’1 million d’habitants - le cœur du projet - est abandonné. Ce qui a surpris dans cette affaire, c’est la détermination d’une cinquantaine de députés UMP. Nicolas Sarkozy a dû reculer –pour la première fois- devant un attelage hétéroclite mais efficace de parlementaires qui défendaient, pour certains, la tradition chrétienne du repos dominical, et par là, une certaine vision de l’organisation de la société qui doit ménager des plages pour la vie spirituelle, culturelle ou familiale, une sorte d’espace sans consommation, et sans objectif de rendement. Ces préoccupations rejoignaient la défense du repos du dimanche exprimée par la gauche comme un droit acquis de haute lutte. D’ailleurs, le titre en Une de "L’Humanité" de ce matin n’est pas sans rappeler la « politique de la main tendue » par Thorez pour le PC aux Chrétiens en 36. « L’Huma » titre « Le dimanche c’est sacré » ! D’autres, toujours à droite, se faisaient les représentants de plusieurs organisations patronales, de PME ou de commerce de proximité qui craignent la concurrence des grandes structures, plus aptes à ouvrir 7 jours sur 7. C’était un débat droite/gauche, droite/droite, petit commerce/grandes surfaces, Paris/province, chrétiens/marchand du temple... Le texte de compromis a été rédigé à l’Elysée avec la bénédiction d’un acteur qui prend du poids en ce moment : le président du groupe UMP, Jean-François Copé ! Jean-François Copé, qui n’a pas su obtenir de ses troupes qu’elles respectent la volonté du Président. Et ce n’est pas forcément ça qui le gêne. En réalité, lui aussi était favorable au texte tel que le voulait Nicolas Sarkozy. Culturellement, politiquement, il est plutôt citadin et libéral donc favorable à l’idée d’en finir avec le repos dominical obligatoire. Mais dans cette affaire, il a été très malin. Le seul concurrent à droite du Président s’est répandu à la radio et à la télévision avec le discours suivant : « c’est très intéressant ce que me disent les députés sur ce sujet, j’entends ceux qui expliquent qu’il n’y a pas que le profit dans la vie, qu’il y a aussi la famille, c’est culturel ». Un discours d’écoute et de dialogue, un ton de compromis, le ton de celui qui veut prendre le temps ! C’est gros comme une maison, c’est l’antithèse du style de Nicolas Sarkozy. Jean-François Copé, qui avait vite compris que la cinquantaine de députés de la majorité récalcitrant ne cèderaient pas, a créé de façon rusée, le festival off du sarkozysme. Le fait que les députés aient plus d’influence, c’est dans l’esprit de la réforme des institutions, votée l’été dernier. Les députés de la majorité, que l’on disait caporalisés par le président, et qui se font régulièrement tancer lors de réunions à l’Elysée, notamment sur ce sujet du travail du dimanche, se rebiffent. Alors pour l’instant, les lois organiques qui permettront de renforcer le Parlement ne sont pas encore votées. Donc, il s’agit plus d’une manifestation d’élus de la majorité qui ne se comportent plus comme des godillots, selon la pénible tradition parlementaire gaulliste. Le rééquilibrage des pouvoirs prévu par la réforme des institutions, se manifeste déjà dans les comportements de la majorité. Nicolas Sarkozy, furieux d’être obligé de reculer, devrait « positiver », comme disait Jean-Pierre Raffarin, parce que si la promesse de légaliser le travail du dimanche est une promesse non tenue de plus, il a la preuve que celle de rendre le parlement plus autonome se réalise déjà.

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