Julien Dray serait sur le point d’être blanchi par la justice selon une révélation non démentie du journal « Le Monde », hier !Oui et c’est l’occasion de s’interroger sur l’articulation entre la politique et la justice. Et dans ce domaine, on peut dire que le PS s’est largement emmêlé les pinceaux. Il faut dire que sur ces questions tous les arguments sont réversibles. Julien Dray était soupçonné d’enrichissement personnel, la justice, d’une lenteur coupable ne disait rien pendant des mois. Un PS au clair avec sa conception de la justice aurait bien sur dû faire jouer la présomption d’innocence qui devait d’autant plus s’appliquer à Julien Dray qu’il n’était même pas mis en examen. Mais cet argument est aussi réversible depuis la jurisprudence Jospin et Balladur. Ces deux premiers ministres demandaient à leurs ministres mis en cause de démissionner. C’était, à l’époque, une attitude saluée par tous. C’était aussi, au regard du droit un déni total de la présomption d’innocence. Dans le cas de Julien Dray, il ne s’agissait pas de démissionner de quoi que ce soit mais d’être choisi ou non pour représenter son parti, dans son département pour les régionales. La logique politique à prévalu. Les militants et les directions du parti socialistes l’avaient écarté. Le réintégrer maintenant voudrait dire que ce ne sont pas ses déclarations de soutien envers Jean Sarkozy ou ses propos apaisant envers Charles Pasqua, que ce n’est pas une volonté de renouvellement des cadres ou l’application du non cumul des mandats qui ont pesé dans la décision de ne pas investir Julien Dray mais simplement son éventuelle culpabilité future. Et en quoi la direction du PS s’est-elle « emmêlé les pinceaux », comme vous dites ? He bien la faute n’est pas tant dans le refus d’investir Julien Dray que dans les arguments utilisés. Dire « nous ne l’investissons pas parce qu’il faut lui permettre de se blanchir », « blanchir », souvenez vous c’est le mot que Benoit Hamon avait utilisé ici même, ça c’est un déni total de la présomption d’innocence. La vraie seule bonne solution eut été que Julien Dray, qui est déjà député, qui est un homme et qui est quinquagénaire dise de lui-même quelque chose comme « le besoin de renouvellement et mon emploi du temps quelque peu bouleversé en ce moment du fait des soupçons qui pèsent injustement sur moi font que je ne me présente pas ». Il ne l’a pas fait et son parti n’avait plus le choix qu’entre deux mauvaises solutions. L’investir et donc prendre un risque politique. Ne pas l’investir et bafouer la présomption d’innocence. On peut décemment attendre d’un parti prompt à revendiquer une politique basée sur la justice qu’il préfère le risque politique au dévoiement d’un principe de base. Ça n’a pas été le cas. Et puis il est une autre affaire ou le Parti socialiste se montre plus soucieux de l’efficacité politique que de la fidélité à ses valeurs supposées, c’est bien sur la candidature de Georges Fréche en Languedoc-Roussillon. Le président sortant, exclu du PS pour propos déplacés sur bien des sujets a été blanchi par la justice. Donc l’argument du respect de la justice devrait s’appliquer à lui. Il n’est pas condamné donc il peut représenter la gauche ! C’est un argument trop court. Georges Frêche représente une façon de gouverner, une conception de la politique aux antipodes de ce que prône officiellement le PS. Là, il ne s’agissait pas de l’investir puisqu’il n’est plus au PS mais de présenter une liste contre lui. Le faire aurait été de prendre un risque politique, ne pas le faire, c’est mettre ses convictions sous son mouchoir pour éviter qu’une région passe à droite. Au total, l’impression est la suivante : dans les cas Dray et Frêche, de nature très différentes, il y a un point commun pas glorieux pour le PS… c’est l’efficacité politique qui a prévalu sur le respect d’une règle fondamentale de justice dans l’Essonne et sur la force des convictions dans le Languedoc-Roussillon.

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