Ce matin, vous faites le lien entre la manifestation d’hier en soutien au mariage homosexuel et la lettre de Gérard Depardieu au Premier ministre…

Oui, ce sont deux sujets symboliques du clivage droite/gauche. En ces temps de confusion idéologique, au moment où la crise impose son lot de solutions drastiques, prises au nom d’un pragmatisme budgétaire ou d’un renoncement de l’idée du primat du politique, au moment où sur un sujet comme celui de Florange, on peut se demander ce qui distingue la droite de la gauche, eh bien le mariage pour tous et Gérard Depardieu viennent rappeler à chacun pourquoi il est à gauche ou pourquoi il est à droite. Et c’est vrai que le champ des sujets, pour lesquels la bipolarisation de notre vie politique semble encore pertinente, tend à se réduire. D’ailleurs l’un des arguments préférés (et par forcément toujours faux) des ministres (sous Sarkozy comme sous Hollande) sur chacun de leur dossier, c’est de dire : « la dette n’est ni de droite ni de gauche », « la sécurité n’est ni de droite ni de gauche ». Nicolas Sarkozy, lui-même, usait à outrance de cette rhétorique dépolitisante, tout en maniant les sujets extrêmement clivants : « l’identité française ne peut pas être de droite ou de gauche » disait il, dans une stratégie de pompier pyromane. Pour les deux sujets qui nous intéressent, et même s’il y a à droite, une poignée de parlementaires favorables au mariage homosexuel et à gauche des élus qui craignent la fuite des capitaux due à une trop forte progressivité de l’impôt… il y a clairement le retour de la bipolarisation.

Seulement voilà, François Hollande affirmait vouloir rassembler plutôt que cliver !

Oui, cette division peut sembler être un échec pour le président que François Hollande voulait être. Le fait que cette fracture politique (et là, je ne parle plus que du mariage pour tous) s’exprime dans la rue par des manifestations populaires de forces égales, ajoute à cette impression d’antagonisme. Président diviseur, c’était la hantise de François Hollande. Ça ne veut pas dire qu’il faudrait renoncer aux sujets qui fâchent. Au contraire la gauche peut très bien assumer de provoquer cette dissection, particulièrement sur le mariage homosexuel. C’est le type même de réforme qui, en apparence, donne l’impression de déchirer l’opinion mais qui, en réalité, à moyen terme, génère du consensus et du lien. Les réformes que l’on dit sociétales, qui vont dans le sens de l’Histoire ou de l’évolution des mentalités, sont accouchées dans la douleur, l’invective, et provoquent parfois même dans une crise identitaire… Les réformes qui produisent cette tension naturelle entre le conservatisme rassurant et le progressisme revitalisant finissent toujours par paraître évidentes, quelques mois ou années plus tard. De l’abolition de l’esclavage à l’abolition de la peine de mort en passant par le droit de vote des femmes jusqu’au Pacs, en 1999… tous les élus (ou leurs descendants politiques) qui se sont opposés à ces lois regrettent aujourd’hui d’avoir voté contre. On peut parier que la majorité de ceux qui estiment aujourd’hui que le mariage homosexuel sape les bases de notre société, nous diront dans 6 mois, 5 ans, 10 ans, que, finalement, ils ne le remettent pas en cause. Les clivages initiaux sur l’extension d’un droit ne résistent pas -dans une société libre et ouverte- à l’application de ce droit. En ce sens, la division d’aujourd’hui n’a aucune importance.

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