Thomas Legrand revient ce matin sur le voyage à pied du député centriste Jean Lassalle à travers la France… Oui cette initiative d’un député hors du commun, d’un montagnard humaniste à l’aspect rude et au visage doux sous son béret rassurant est en fait une forme de populisme... Un populisme positif. C’est possible ! Le mot « populiste », tel qu’il est employé généralement veut dire démagogue et sans vergogne. On dit généralement de quelqu’un qu’il est populiste quand il est extrémiste (Le Pen) ou outrancier (Mélenchon). Il y a pourtant une définition du populisme qui n’a pas forcément à voir avec l’extrémisme ou l’outrance, une définition neutre, technique : Le populisme c’est l’établissement d’un lien direct entre les responsables politiques et le peuple. Le sociologue Pierre-André Taguieff y a consacré un ouvrage. Un populiste c’est un responsable politique qui s’adresse directement au peuple, en dédaignant volontairement les corps intermédiaires classiques: la presse, les intellectuels, les syndicats, les associations, la technostructure. Il veut, par son discours et son action retrouver la confiance du peuple sans aucun filtre. Et c’est parfois nécessaire. Seulement ça passe souvent par des procédés dégradants: la démagogie, la peopolisation, les discours jouant abusivement sur l’émotion, le pathos, la peur. Mais toutes les tentatives qui consistent à retrouver le lien direct avec la population ne sont pas forcément cyniques. Il y a un populisme positif. Jean Lassalle a donc trouvé cette technique, parcourir plusieurs milliers de kilomètres, pour répondre à la défiance que subissent les responsables politiques... Oui, les élus se font engueuler sur les marchés, dans les permanences, ils savent très bien quel est leur niveau d’impopularité. Jean Lassalle, avec son bâton de pèlerin, arrivait à pieds dans les villes et les villages, il était forcément reçu avec sympathie et admiration. Il n’était pas aimé pour ce qu’il proposait mais pour son attitude modeste et parce qu’il écoutait. Il revient avec ses "cahiers de l’espoir", présentés par lui comme les nouveaux "cahiers de doléance" du XXIème siècle. Mais en réalité, ce n’est pas le contenu de ces cahiers qui est important. Finalement ils ne nous apprendront pas grand chose sur l’état d’esprit des français… chacun peut le mesurer quotidiennement. La population est exaspérée par les gouvernants, ceux qui aspirent à l’être et ceux qui commentent leur théâtre d’ombre. Jean Paul Delevoye quand il était médiateur de la République, bien que représentant d’une institution, d’un de ces corps intermédiaire, parlait, bien avant Jean Lassalle de cette France au bord de la crise de nerfs. Ségolène Royal avait diagnostiqué, avant 2007 cet état de défiance. C’est pour ça qu’elle avait inventé une forme de populisme positif, elle aussi en théorisant, la démocratie participative. En demandant au comité d’éthique de réfléchir sur les questions de fin de vie à partir de panels citoyens, François Hollande sait que sur ce sujet on ne peut pas être technocratique. il tente aussi de retisser le lien avec les citoyens. Finalement l’aventure humaine que vient de vivre Jean Lassalle, servira plus à redorer le blason des élus (et en soi c’est déjà une tache utile) qu’a proposer des pistes concrètes et crédibles pour sortir de cette défiance généralisée. Jean Lassalle applique la maxime du vizir Ptah-hotep (vizir de Égypte antique) qui disait: "celui qui sait écouter deviendra celui qu’on écoute"...

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