Le thème de l’immigration redevient, pour chaque camp politique, le meilleur moyen de s’affirmer dans cette période de recomposition.

Oui, il y a maintenant trois camps bien établis qui dominent la politique française: la gauche (socialiste et écologiste), la droite parlementaire et l’extrême droite. Pour l’instant, la gauche de la gauche semble hors-jeu. Il faut bien dire ‘pour l’instant’ parce qu’avec la volatilité et le rythme effréné du débat public, la tectonique des plaques politiques est incertaine. La vigueur nouvelle des gauches radicales, en Grèce ou en Espagne, (dans des contextes, certes bien particuliers) nous prouve que les paysages politiques de nos contrées sont extrêmement mouvants. Donc, nos trois pôles, gauche, droite, extrême droite sont installés. Chacun d’eux est en pleine réorganisation, en veillée d’armes. La majorité, en souffrance, tente de donner un grand coup de pied du fond de la piscine où elle se trouve. La droite est en phase d’élaboration d’un nouveau parti sur les ruines de l’UMP et le FN, grandi trop vite, doit maintenant étayer, densifier, technocratiser sa structure pour éviter l’effet baudruche… et sur quoi ces trois pôles peuvent-ils vraiment s’appuyer, se reconstruire et en même temps se différencier le plus facilement ? Sur quoi peuvent-ils mobiliser leur base de façon pavlovienne sans promettre des dépenses somptuaires ?

L’immigration bien sûr !

Les étrangers (la partie de la population non représentée) deviennent la pâte à modeler des concepts qui font appel aux ressors identitaires, à la peur ou à l’humanisme d’affichage, plus qu’à la raison. Et c’est vrai que lorsqu’on écoute les socialistes, l’UMP ou le FN parler d’économie, on a du mal à y retrouver nos repaires de gauche ou de droite. En revanche, quand Sarkozy, Hollande ou Le Pen retrouvent le discours que l’on attend d’eux, selon les canons classiques, sur l’immigration, tout revient dans l’ordre : on sait pourquoi on est de gauche ou de droite ! Et tant pis si, en réalité, quand la droite est au pouvoir, et malgré son discours, elle ne supprime pas l’AME (ce serait infaisable et provoquerait plus de dégâts et de coûts, que de bien et d’économie). Tant pis si, quand la gauche est au pouvoir elle ne tente même pas de faire campagne pour le droit de vote des étrangers, ni ne rend vraiment plus facile et plus personnalisée l’accession à la nationalité française. Ce qui serait vraiment là, une mesure de gauche… Tant pis si -droite ou gauche au pouvoir- il y a toujours environ 30.000 reconduites à la frontière. Un chiffre qui, au fond, n’a rien de spectaculaire au regard des 300.000 illégaux, ou sans papiers présents sur notre sol! Leurs discours dessinent tout de même deux visions du monde. Le FN propose aussi la sienne mais personne ne peut affirmer sérieusement si son succès vient de ce dessein ou du caractère éminemment protestataire de son discours, qui porte dans une société au bord de la crise de nerfs. Dans ce contexte, les immigrés, en plus de construire nos routes, de nettoyer nos bureaux ou de prendre soin de nos personnes âgées deviennent le carburant, l’énergie renouvelable qui sert à alimenter, à peu de frais, un débat politique en panne d’imagination.

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