Le mouvement des Gilets jaunes s’essouffle. A-t-il un débouché politique ?

La logique démocratique voudrait que oui. Quand une partie de la population se découvre des souffrances, des causes sociales et même institutionnelles communes, quand des citoyens se retrouvent, se rassemblent, au sens propre (sur les ronds-points) et figuré (derrière des slogans et revendications)... il est naturel -surtout quand on ne se sent plus représenté- qu’une telle prise de conscience et de parole se traduise politiquement. Mais la difficulté, avec ce mouvement, c’est qu’il est apparu subitement, comme un précipité chimique. Le terme un ‘jour ça va péter’ était devenu un poncif du débat politique. Chacun savait que quelque chose ne collait plus, qu’une partie de la population était en panne civique. La soudaineté du mouvement, son hyper médiatisation, dès ses prémisses, ne lui ont pas laissé le temps de se définir positivement. Seule la colère semblait cohérente. Les journalistes ont tendu leur micro à tout va, avides de savoir ce qu’avait à dire cette partie de la population tenue, jusque-là, en dehors des débats et que tous les démagogues faisaient parler à sa place. La question, maintenant est de savoir si les Gilets jaunes peuvent construire un discours politique cohérent. Les réseaux sociaux, leur ciment et leur carburant, ne sont pas propices à la hiérarchisation des colères, ni à leur transformation en propositions politiques.

Comment peuvent-ils faire, alors, pour devenir une vraie force politique ?

Le veulent-ils vraiment ? En dehors de la question de la justice sociale, les Gilets jaunes ont surtout défendu l’idée d’une démocratie directe, avec par exemple le référendum d’initiative citoyenne. Mais la démocratie directe c’est une méthode, pas une orientation idéologique. Ce qui fait douter de la capacité des Gilets Jaunes à devenir un mouvement politique,  c’est son aversion pour les corps intermédiaires. Or, le PGJ, l’éventuel Parti des Gilets Jaunes, serait un corps intermédiaire ! Une machine à transformer l’énergie de la révolte, qui détruit, en énergie de proposition qui construit. Pour cela (et même avec une organisation la plus démocratique possible), il faut pouvoir et vouloir élire des représentants. Pour l’instant, ils en sont incapables. Mais sans délégation, c’est-à-dire si l’on n’est pas capable d’inscrire son intérêt propre dans un intérêt global, pas de  causes communes envisageables, pas de démocratie possible... C’est alors l’emporte-pièce en guise d’argument, la somme des colères particulières qui ne peuvent s’unir que contre un bouc émissaire qui ne tardera pas à être désigné. Les gilets jaunes sont à ce moment de leur très courte histoire. Soit ils se réunissent, autrement que sur les forums du net et sur les ronds-points devenus de chaleureux refuges... et ils tentent d’avoir une vision d’un avenir souhaitable à proposer (mais ça prend du temps), soit ils persistent à revendiquer, en ordre dispersé et sans confiance en personne. Ils seront alors, comme leurs cousins Italiens des 5 étoiles, le marchepied d’une proposition autoritaire prétendument populaire : Marine Le Pen (qui saura en temps utile proposer les bons boucs-émissaire) pour devenir la seule opposition de poids... et donc la seule alternative.

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