Thomas Legrand revient sur les derniers propos de Jean-Luc Mélenchon, signe d’une perdition idéologique et stratégique de son parti, LFI, La France Insoumise.

" Oui, je m’apprêtais, la semaine dernière, à faire un édito pour défendre Jean-Luc Mélenchon quand il se disait ‘pas choqué’ à l’idée de manifester contre la réforme des retraites aux côtés d’électeurs du RN ! Ces propos avaient fait scandale mais au fond, quoi de plus normal pour un leader de gauche de vouloir réorienter la colère populaire sur des thèmes sociaux ! Logique et louable ! Et puis il y a eu la seconde salve de déclarations sur les raisons de l’échec de Jérémy Corbyn. Mon commentaire bienveillant était invalidé. Reprenons dans l’ordre : contrairement à la ‘droite-Wauquiez’, en pleine dérive, qui reprenait à son compte (pour récupérer ses électeurs) les positions de l’extrême-droite, Jean-Luc Mélenchon, lui, leur faisait de l’œil, dans sa première déclaration, sans rien concéder sur le fond… immigration ou islam. Une volonté de créer un axe Rouge-Brun aurait requis un début d’inflexion sur, par exemple, la supposée pression de l’immigration sur le niveau des salaires ou des prestations sociales. Il n’en était rien. Les responsables de LFI se sont toujours refusés (jusque-là) à ce genre de stratégie qui les éloignerait de leurs convictions, de leur histoire et de leur cœur électoral… Jean-Luc Mélenchon  partage la vision de la sociologue Chantal Mouffe, dont nous avons déjà parlé ici : il s’agit de convaincre le peuple que la cause de ses malheurs est sociale, certainement pas identitaire. Mélenchon garde la colère populaire mais veut la tourner contre les puissants, les capitalistes, l’oligarchie, pas contre les étrangers. ‘Fâché pas facho’, dit-il. Ça se tient…ou plutôt ça se tenait.

Ça ne se tient plus ?

Non, parce qu’il y a la seconde déclaration. Conviction ou stratégie, peu importe, les mots sont pesés, il s’agit d’un écrit. Mélenchon, commentant l’échec de Corbyn, dénonce d’abord dans un vocabulaire typé ‘l’avant-gardisme bien-pensant’, puis compose un chapelet bigarré de ce qu’est pour lui l’horreur politique, je cite : ‘Retraite à points, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogantes des communautaristes du CRIF’. La théorie de Chantal Mouffe est claire. Le populisme de gauche ne doit pas s’embarrasser de lutte des classes mais doit redéfinir une nouvelle conflictualité… ce qu’elle appelle le Eux contre le Nous. Le ’Eux’ c’est l’oligarchie… Jean-Luc Mélenchon applique la méthode Mouffe et dénonce donc l’oligarchie protéiforme. Le problème c’est que "oligarchie", ça ne veut pas dire grand-chose et à vouloir la définir, on liste des catégories qui ne sont pas sociales, donc on quitte les rivages de la gauche (ici les allemands, les écologistes, les bien-pensants et une organisation juive) dans une phrase qui laisse penser que ce conglomérat est cohérent et agit de concert avec, comme liant, l’influence juive : du complotisme au fumet antisémite. Normalement, l’inverse du mélenchonisme. C’est la limite du populisme de gauche : de la théorie à la pratique, il tourne au brun. La seconde déclaration de Jean-Luc Mélenchon éclaire d’une sinistre lumière la première (les bras ouverts aux électeurs de Marine le Pen dans les manifs), signe d’une perdition idéologique et stratégique de LFI…

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