Suite de l’exploration des forces politiques en ce début de campagne des régionales… Ce matin, Thomas, vous nous parlez du Modem. Oui, le Modem et les centristes vont mal si l’on en croit les sondages. On les crédite de 4 ou 5 %. Alors vous vous souvenez, pendant la campagne des européennes, le parti de François Bayrou avait déjà de mauvais sondages ! Le chef centriste avait hurlé à la conspiration des puissants, on allait voir ce qu’on allait voir et …on a vu le soir du scrutin : le Modem avait fait encore moins que les sondages…les puissants l’avaient surestimé ! Il ne pouvait rien arriver de pire pour une victime autoproclamée ! Toujours est-t-il qu’en ce moment, dans cette période de retour des socialistes, le Modem se fait grignoter sur sa gauche. Et sur sa droite le rôle du râleur antisarkozyste résistant-gaullo-républicain-centriste est occupé avec fracas depuis quelques semaines par Dominique de Villepin. Il y a eu aussi, pendant la période de composition des listes du Modem pour les régionales, les fameuses « bisbilles internes », ce terme que l’on utilise pour les grands partis classiques a un peu banalisé l’image du Modem. Eux aussi ils ont des « bisbilles internes »…hé bien oui ! Le charme de ce nouveau parti, branché sur la société civile, hors des circuits et des réflexes habituels, composé de gens sympathiques avec des pulls oranges, le charme s’estompe si, eux aussi, ils ont des « bisbilles internes », c’est bien la peine ! Quand les centristes ont des problèmes, généralement le commentaire politique est assez balisé : il est convenu de se moquer, de reprendre le mot d’Edgar Faure selon lequel le micro-parti centriste peut se réunir dans une cabine téléphonique ! Et il est aussi convenu d’affirmer, en bon connaisseur de la chose politique, que : attention, n’enterrez pas un homme politique trop vite ! François Bayrou n’est pas mort ! On ne meurt jamais en politique : François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont tous connu leur passage à vide, leur splendide isolement, leur traversée du désert (sauf qu'eux n’étaient pas centristes). Mais non, mais non, François Bayrou n’est pas mort dit la chanson habituelle que je ne poursuivrai pas. Pourtant il y en a (dans l’histoire récente des centristes promis à un bel avenir, évident et programmé) qui n’ont jamais su réussir à concrétiser l’évidence ! Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Lecanuet, Raymond Barre sont les plus illustres exemples de ratage de la stratégie centriste. Quand même… peut-on déjà parler de « ratage » dans la stratégie centriste de François Bayrou ? Non, c’est trop tôt, et puis un éventuel « ratage » aux régionales ne serait pas fatal pour le Modem et son chef, puisque la stratégie de François Bayrou est présidentielle. En réalité le centrisme dans la cinquième république est une situation invivable. C’est une idée intellectuellement logique mais institutionnellement inutile… intellectuellement logique parce que notre système politique, basé autour du président de la République, suggère que le président est central, tourné vers le rassemblement puisqu’il doit réunir plus de 50% de la population. Une attitude logiquement compatible avec le centre. Inutile parce que pour l’instant les rassembleurs ne viennent jamais du centre. Ils ont toujours rassemblé en commençant par leurs troupes, de droite ou de gauche. D’ailleurs, François Bayrou a sans doute intégré cette situation invivable puisque, bien que toujours officiellement centriste, il n’est plus du tout au milieu de l’échiquier politique mais dans l’opposition claire et nette. Le problème actuel de François Bayrou est le suivant : son succès vient de ses dénonciations de l’hyperprésidence sarkozyste. Pour être fort, François Bayrou doit se débattre entre un Sarkozy fort et un PS faible. Or, c’est exactement le contraire qui domine la vie politique en ce moment!... et ça a peu de chance de changer d’ici le 14 mars.

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