Vous revenez ce matin sur cette notion défendue par le Président depuis mercredi soir : « redonner la parole au peuple ».

Oui, le président pousse au maximum le mythe gaullien qui veut qu’une campagne présidentielle soit la rencontre entre un homme et le peuple. Seulement la difficulté pour un candidat sortant, c’est que ce moment magique, la rencontre, cette première fois, a déjà eu lieu. On ne la recrée pas ! Tous les conseillers conjugaux vous déconseilleront de retourner avec votre conjoint sur les lieux de votre voyage de noces pour vos dix ans de mariage (même cinq ans)… très mauvaise idée ! En ce moment (à en croire les sondages mais aussi ce que l’on appelle les remontées de terrains des élus locaux de la majorité) cette histoire de rencontre entre Nicolas Sarkozy et les Français c’est de l’histoire ancienne. Très ancienne ! Il faut donc jouer autre chose. Quand un vieux couple (continuons à filer cette métaphore…) veut éviter de se séparer, il faut que l’un des deux, (celui qui veut le plus rester) dise à l’autre : « Bon, ok à partir de maintenant, je me calme, je ne décide plus de tout, je t’écoute, promis, juré ». C’est ce que tente de faire Nicolas Sarkozy avec cette idée de redonner la parole au peuple. « Chaque fois qu’il y aura un blocage, je ferai trancher le peuple français ». C’est une façon tout à fait classique de tenter de reprendre le pouvoir en feignant de le céder. C’est, en réalité dans la grande tradition bonapartiste, reprise par le gaullisme, la tradition plébiscitaire. Il y a toujours une petite dose de « 2 décembre » dans l’idée de réélection placée sous le signe du lien direct entre le peuple et son dirigeant.

Nicolas Sarkozy parle aussi de passer outre les corps intermédiaires en multipliant, s’il le faut, les référendums.

Oui et le contournement des corps intermédiaires, la relation directe président/peuple c’est l’une des définitions du populisme selon le sociologue Pierre-André Taguieff. Le populisme ainsi défini n’est d’ailleurs pas forcément un concept négatif ou anti-démocratique. Il y a des moments dans la vie d’une Nation où la technostructure, les pouvoirs locaux, les partis, les médias, le pouvoir économique, enkystent la possibilité de réformes et font écran entre le peuple et ses représentants. Dans ces moments là, à la fin de la Quatrième République par exemple, il est légitime que, d’une certaine façon, les élus et ceux qui espèrent l’être cherchent des moyens de se reconnecter avec le peuple. Sommes-nous dans une de ces périodes ? Il y a bien une crise du politique et de la représentation. Le Pen, Mélenchon, Bayrou, Hollande… et maintenant Sarkozy, tentent d’y répondre chacun à leur façon. Ils sont chacun, alternativement, accusés de populisme. Mais l’idée spécifique de Nicolas Sarkozy de cibler explicitement les corps intermédiaires doit conduire à définir ce que sont ces corps intermédiaires : les syndicats, la presse, les élus locaux, les militants, le monde associatif, la Cour des comptes… Au-delà du slogan, il sera bien difficile à celui qui veut court-circuiter les « corps intermédiaires » de les nommer un par un. On s’apercevra alors que ce sont ceux qui, souvent, font vivre la démocratie au jour le jour et localement. Et puis rappelons-nous que dans L'Esprit des Lois , pour Montesquieu les corps intermédiaires sont les garants de la liberté qui permettent à l'individu de ne pas se retrouver seul face au monarque.

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