Marc Fauvelle

le front de gauche ne votera pas la confiance au gouvernement
le front de gauche ne votera pas la confiance au gouvernement © reuters
Il en va parfois des couples en politique comme des couples tout court... Passées la lune de miel et les premières années, on découvre que les qualités que l'on prêtait à l'autre sont aussi ses défauts. Eh bien c'est exactement ce que sont en train de vivre aujourd’hui les deux partenaires du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, pour le parti de gauche, et Pierre Laurent, pour les communistes. A l'origine en 2009, ils avaient bâti leur union sur un pacte implicite : le parti communiste apportait dans la corbeille ses 130.000 militants, son réseau d'élus de terrain, son expérience, et Jean-Luc Mélenchon, lui, son statut de vitrine médiatique et d'orateur hors pair. D'un côté un parti sans chef, de l'autre un chef sans parti, ils étaient faits pour s'entendre… Mais aujourd’hui, rien ne va plus. Les deux hommes ne se parlent plus, ou alors par médias interposés, leurs troupes sont déboussolées, et chaque semaine apporte son lot de petites phrases et d'amertume. Aux communistes, Jean-Luc Mélenchon reproche d'être ce qu'ils sont, un parti politique, avec ses lenteurs et parfois ses compromis. Les amis de Pierre Laurent, eux, dépeignent un Mélenchon isolé et incontrôlable... "Il décide de tout, tout seul, et à la fin il nous demande de signer" résumait hier soir un cadre du PC. Ce week-end, un pas de plus a été franchi vers le divorce. A 97% des voix, le conseil national du parti de gauche a lancé un ultimatum à ses alliés communistes. Il leur demande en quelque sorte de lui jurer fidélité, en renonçant à l'avenir, notamment pour les deux scrutins de 2015, les cantonales et les régionales, à toute alliance avec les socialistes... Pour les municipales, c'est déjà trop tard, les communistes ayant inventé une nouvelle formule, le mi-mi : mi socialiste, mi front de gauche. Dans la moitié des grandes villes, les communistes font alliance avec leur grand frère socialiste (et donc soutiennent un peu le gouvernement), et dans l’autre moitié des grandes villes, ils auront leur propre liste autonome sous la bannière du Front de gauche pour critiquer donc ce même gouvernement. **Car ce sont bien les municipales qui auront servi de déclencheur à la crise…** Et plus précisément, un petit rectangle rouge, à peine visible à l'œil nu. C'est lui qui a rallumé la colère de Jean-Luc Mélenchon. Ce rectangle, c'est le logo du Front de gauche, que la candidate socialiste à Paris, Anne Hidalgo a dévoilé la semaine dernière sur ses affiches de campagne. Partant dès le 1er tour avec les communistes, elle considère qu'elle peut se prévaloir du soutien du Front de gauche. Le problème, c'est qu'une autre candidate, soutenue elle par Jean-Luc Mélenchon, se prévaut du même soutien à Paris, et donc, du même logo sur ses affiches. Les Parisiens risquent de voir double en passant devant les panneaux électoraux ! L'affaire pourrait faire sourire, mais pour Jean-Luc Mélenchon, elle est devenue un point de crispation, un révélateur du double discours de ses alliés. Alors le rectangle rouge aura-t-il la peau du Front de gauche ? Et Jean-Luc Mélenchon est il vraiment prêt à en claquer la porte ? Du côté des communistes on en doute, même si l'hypothèse désormais est bien sur la table… "Tant qu'il n'aura que nous à qui parler, il ne partira pas" croit savoir un proche de Pierre Laurent, façon méthode Coué. Car ces derniers jours, Mélenchon a multiplié les clins d'œil aux écologistes, ou aux déçus du PS, pour l'heure, en vain... Aujourd'hui, c'est avec le NPA qu'il a pris rendez-vous. Comme si Jean-Luc Mélenchon se cherchait déjà une nouvelle cavalière, une porte de sortie au cas où l'attelage chancelant du Front de gauche quittait définitivement la route.
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