Ce matin vous revenez sur le terme utilisé par Manuel Valls pour qualifier le djihadisme: « l’islamo-fascisme… »

Oui, depuis les attentats de janvier, Manuel Valls a accentué l’une de ses spécificités politiques. Il nomme les choses. On se souvient de sa façon de qualifier les inégalités territoriales et la ghettoïsation d’une partie de la société française… il parlait d'«apartheid ». On voyait bien ce qu’il voulait dire, c’était objectivement inapproprié mais politiquement peut-être nécessaire. Là aussi… l'islamo-fascisme n’est pas scientifiquement (si l’on parle de sciences politiques et d’histoire des idées) le terme qu’il faudrait employer. Le fascisme, c’est une idéologie spécifique, des caractéristiques particulières très différentes de l’islamisme radical. On peut, c’est vrai, constater des parallèles saisissants : l’extrême violence, cette fascination pour la force brute, la haine de la liberté individuelle et de la démocratie, l’enrégimentement, le lavage de cerveau, le goût d’une certaine pureté (ethnique dans un cas, religieuse dans l’autre)… mais il y a aussi beaucoup de différences : la religion justement chez les islamistes, le paganisme chez les fascistes… Accoler ces deux notions représente en fait un contre-sens doublé d’un anachronisme.

Pourtant ce terme « islamo fascisme » est utilisé à l’extrême-droite et à gauche par des écologistes.

Oui, du FN à Eva Joly ou Noël Mamère et même par une partie de l’extrême-gauche… parce que, finalement, un terme comme celui-là peut être objectivement (scientifiquement) impropre mais politiquement signifiant. L’extrême-droite l’utilise pour former un amalgame entre l’islam et le fascisme. Afin de disqualifier l’islam qui ne serait, par essence, pas compatible avec la démocratie. On peut se douter que quand Mamère ou maintenant Valls prononcent ce terme, ils ont d’autres idées en tête. Ils désignent, par la référence au fascisme, l’ennemi emblématique de la démocratie et des libertés. Le terme le plus approprié aurait dû être « islamismo-fasciste » pour souligner (avec le suffixe ‘isme ’) que l’on fustige la prétention politique d’une partie de l’islam et non pas la religion elle-même. Mais, mis à part cette subtilité sémantique, le terme « islamo-fascisme » est efficace pour sonner le rassemblement des démocrates contre une nouvelle version de l’un des périls qui a mis à mal la démocratie au XXe siècle. En invoquant le fascisme, Mamère et Valls affrontent une partie de la gauche, trop longtemps indulgente, prompte à dénoncer l' « islamophobie » à chaque fois qu’étaient soulignés les dangers de l’intégrisme, une gauche du contexte et de l’excuse. Le terme « islamo-fascisme », comme le terme « apartheid », est à la fois rationnellement impropre et politiquement justifié. Mais attention, être Premier ministre n’est pas simplement être ministre de la parole… et quand celui qui est aux manettes parle d’apartheid et d’islamo-fascisme, il doit en tirer les conséquences et agir ! Une grande part de la défiance qui mine la politique et le débat public vient de là : grands mots et petits actes .

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