Passée la sidération, des doutes et des questions après le vendredi noir de l'ex-candidat LREM à Paris.

Benjmain Griveaux
Benjmain Griveaux © AFP / Lionel Bonaventure

Quand la Saint-Valentin se transforme en Saint-Barthélemy de la vie politique française. Je ne sais pas si Baron Noir aura une saison 4, mais franchement les scénaristes ont du pain sur la planche s’ils veulent faire encore plus vrai que nature… "Sex-tape" et/ou "revenge porn" : Désolé pour ces anglicismes souvent peu appréciés de nos auditeurs, mais si je les utilise, c’est justement parce que c’est ce monde-là qui fait une irruption fracassante chez nous en France. Américanisation, amour, gloire et décadences brutales des stars de la politique, candidats kleenex : on pouvait perdre sur un bilan, sur ses idées, et maintenant on peut carrément disparaître suite à un comportement jugé déviant. 

Et depuis vendredi, ce que la classe politique relaie de manière quasi unanime, et c’est rare, c’est le dégoût de voir la victime, l’homme public Griveaux, tomber à cause d’une délation privée. Depuis 2013, la haute autorité pour la transparence de la vie publique traque les conflits d’intérêts, épluche les comptes des politiques, mais existe-t-il une haute autorité pour protéger leur sphère privée ? 

Le numérique et sa viralité peuvent « tuer symboliquement l’autre », écrit dans le JDD le spécialiste des médias François Jost. Et si, de manière beaucoup plus sournoise, ce tueur symbolique était une puissance étrangère, qui aurait voulu déstabiliser Emmanuel Macron ? Le Président a mis l’hypothèse sur la table samedi à Munich. Une nouvelle ingérence russe dans les démocraties occidentales ? On n'est sûrs de rien, mais les experts s’interrogent sur les motivations de ce drôle d’artiste activiste Piotr Pavlenski. 

Toute la classe politique se réveille 

Car pourquoi ce qui arrive à Benjamin Griveaux n’arriverait pas à d’autres. Malraux disait : 

Pour l’essentiel, l’homme est ce qu’il cache : un misérable petit tas de secrets. 

Mais de l’homme politique, que veut-on, qu’attend-on ? Ses secrets ou une action efficace pour l’intérêt général ? Les deux mandats de Bill Clinton sont-ils réductibles à des fellations dans un bureau ovale ? 

Dans une semaine, nos sénateurs examineront en deuxième lecture, et ça tombe à pic, la proposition de loi de la députée Laetita Avia contre la haine en ligne… Dans un tweet publié vendredi, le président du Sénat, Gérard Larcher, estime qu’il "est grand temps de réguler les torrents de boue qui se déversent sur les réseaux sociaux". C’est pourtant sa majorité LR qui a réduit, en première lecture, les contraintes envers les plateformes, au nom de la liberté d’expression. On imagine que ce ne sera plus la même ambiance. Même les socialistes veulent une commission d’enquête sur les "risques d’intrusion dans les processus électoraux". Concrètement, la loi Avia n’aurait pas empêché la publication de ces vidéos. Mais le blocage des images aurait pu être beaucoup plus rapide. 

Va-t-il falloir que notre personnel politique s’habitue à vivre avec ce type de menace ?

Dans l’attente d’une régulation plus poussée, oui... Vigilance. 

Mais j’ai aussi envie de dire que le danger de ces outils, il est connu ! Ça fait déjà des années qu’au Quai d’Orsay, on forme le personnel contre les risques de pression et de chantage liés aux traces qu’on laisse sur le numérique. Benjamin Griveaux, ancien porte-parole de la sixième puissance mondiale, pouvait-il l’ignorer ? Comment ce représentant de la "start up nation" a-t-il manqué à ce point de vigilance ? Imagine-t-on le général de Gaulle filmer son sexe en super 8 ? 

Dans l’affaire Griveaux, il y a une double tragédie, une tragédie « en même temps » selon l’adage : 

  • en même temps la déstabilisation coupable d’un candidat pris dans un guet-apens numérique, 
  • mais aussi l’imprudence d’un homme politique qui, au moins le temps de son mandat, aurait pu, aurait dû, redoubler de vigilance. 

Surtout quand, comme lui, on a côtoyé de si près un certain Dominique Strauss-Kahn. Personne n'a à faire la morale à des adultes consentants, la vie privée ne regarde qu'eux, mais un élu ne peut pas prendre le risque de se retrouver entre les mains d'un maître (maîtresse) chanteur (chanteuse).

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