Loi dite ‘séparatisme’…’tout un plat’, dites-vous.

Oui, ce texte voté hier en première lecture est une série de dispositions réclamées par les élus locaux qui se retrouvaient juridiquement désarmés face aux manifestations de l’islamisme, fausses associations caritatives, d’aides au devoir, (en fait officines d’endoctrinement intégriste), face aux intimidations, à la progression, dans certaines villes ou quartiers des grandes agglomérations, de pratiques religieuses sectaires qui tentent de peser sur l’organisation de la cité, la vie sportive ou scolaire… ces élus locaux et les représentants de l’Etat sur le territoire devraient avoir avec ce texte (c’est le but) de quoi agir plus efficacement sans qu’aucun principe républicain n’ait été bouleversé. C’est d’ailleurs pour cela que le PS et les communistes se sont abstenus. Ils ne pouvaient pas voter pour parce qu’il leur manquait des dispositions sociales, notamment pour lutter contre la ghettoïsation (ce sera l’objet d’une prochaine loi dit le gouvernement). Mais ils ne pouvaient pas non plus voter contre parce que leurs élus locaux leur ont signifié qu’ils étaient plutôt demandeurs des dispositions du texte ! La droite, (soucieuse de l’avis des autres cultes toujours suspicieux quand le législateur veut se mêler de religion) s’est opposée au texte, jugeant en outre qu’il ne ciblait pas assez explicitement l’islamisme. Surtout, elle ne voulait pas offrir une victoire politique à Emmanuel Macron sur un sujet sur lequel son électorat, crispé, est tenté par le RN. 

 Et Le RN et LFI ? 

LFI a décrit un texte inutile qui stigmatise les musulmans et rompt avec la règle laïque d’absolue neutralité de l’Etat. Elle s’y est donc opposée. Le RN, à l’inverse, y voyait un texte naïf qui manquait sa cible, l’islamisme, par manque (disait-il) de courage. Le RN s’est abstenue. L’abstention, pas l’opposition, une position maline comme pour marquer tout de même une victoire d’influence. Les deux critiques virulentes venant des bancs diamétralement opposées  avaient, comme c’est souvent (et mécaniquement) le cas, pour effet de s’annuler pour le plus grand bénéfice de la majorité. Le texte n’est pas apparu équilibré pour autant parce que le ministre de l’intérieur a voulu lui donner plus de signification idéologique qu’il n’en contenait. Tout à sa mission de capter les électeurs de droite, il est même allé jusqu’à considérer que Marine Le Pen faisait preuve de mollesse… alors que la patronne du parti d’extrême-droite proposait d’interdire le voile dans tout l’espace public, c’est-à-dire aussi dans la rue, disposition anticonstitutionnelle et inapplicable sans autoritarisme démesuré. Chaque camp politique (opposition et majorité) dans le cadre d’institutions faites pour l’affrontement, le tout ou rien, a forcé le trait des avantages ou inconvénients d’un texte qui, en réalité, est plus une loi d’ajustement juridique que porteuse de message politique. Il n’y avait vraiment pas de quoi en faire tout un plat... mais le bruit de fond autour de la discussion du texte et, pour finir, le désastreux débat LePen/Darmanin aura, une fois de plus, donné l’impression aux Français musulmans qu’ils n’ont pas leur place ici. Le contraire de l’effet recherché. 

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