**Ce matin, vous évoquez le premier discours de Marine Le Pen, en tant que présidente du FN, hier à Tours. Avec ce constat : le FN ne jure plus que par la République !Oui Marine Le Pen sacrifie à la tendance actuelle, au grand retour de la république. Chacun la met à sa sauce en ces temps de désert idéologique. Le problème c’est que ces valeurs sont triturées avec une dextérité manipulatoire sans pareil par Marine Le Pen. Le socialisme s’efface, le capitalisme se disqualifie, il reste la république. On constate ce regain à gauche avec les discours très « ça ira » de Jean-Luc Mélenchon ou avec le succès du livre de Stéphane Hessel qui appelle à retrouver les bases de notre modèle de république sociale. Au centre François Bayrou, Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin disent vouloir rétablir les valeurs républicaines et à droite avec Henri Guaino, la plume du président qui truffe tant qu’il peut les discours de son patron de références à l’histoire de la république pour tenter de parfaire la stature de chef de l’Etat… Marine Le Pen n’est pas en reste et c’est une révolution culturelle pour le FN. Jean-Marie Le Pen était antirépublicain dans l’âme. Le héraut de papa Le Pen, celui qui le fascinait et qu’il citait souvent, c’était Cadoudal, ce royaliste fanatique qui a tenté d’assassiner Napoléon. Jean-Marie Le Pen, par son charisme et son habileté politique avait réussi, en 1972 à fédérer les extrêmes-droites françaises ; les miettes éparpillées du pétainisme et de tout ce qui détestait la gueuse. Jean-Marie Le Pen n’a jamais été un défenseur de la séparation de l’église et de l’état. Il aimait la France fille aînée de l’église et avait intégré les lefevristes au FN avec des personnages, mi-bigots, mi-fachos comme Bernard Antony, alias Romain Marie. Et puis voilà que Marine Le Pen coiffe le bonnet phrygien et on devrait gober ça ! Le discours d’hier a marqué une étape de plus dans cette révolution idéologique...Oui parce que des mots inédits au FN ont été prononcés, je cite : "Quand tout s’effondre, il y a encore l’Etat". "A celui qui n’a plus rien, la Patrie est son seul bien" disait Jaurès, lui aussi trahi par la gauche du FMI et des beaux quartiers ! », fin de citation. Ces mots de Jaurès (grand socialiste et grand républicain) avaient été aussi utilisés par Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007 dans une efficace opération de piratage idéologique. Marine Le Pen va plus loin en disant : « Il nous faut retrouver l’ère des grands commis de l’Etat, des hussards de la République et des serviteurs de l’intérêt public ». Voilà Marine Le Pen qui réhabilite l’Etat, l’administration, les hussards de la république. On voit bien l’immense ficelle, le câble de tanker. La laïcité, valeur cardinale de la république. La laïcité pour faire passer le rejet de l’autre, de l’étranger. Message que le FN n’arrive plus à faire passer avec les arguments xénophobes habituels. Mais ce discours qui aurait pu être prononcé par une « Marianne » Le Pen est un immense contre sens volontaire. La république, celle de Jaurès et des laïques, celles des instituteurs de la troisième République (les fameux hussards évoqués plus haut), cette république est l’exact contraire du véritable programme du FN. Comme l’intégration est le contraire de l’exclusion. On pourrait s’en alarmer en déplorant ce brouillage complet et cette confusion généralisée des repères classiques de la politique française. On peut aussi avoir une vision plus optimiste : les valeurs de la république sont enfin devenues incontournables puisque leurs ennemis sont obligés, pour être entendu, de faire semblant de les avoirs adoptées.**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.