Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et François Bayrou, trois candidat qui ont le vent en poupe, disent se dresser contre le « système ».

Oui, chacun dans des registres très différents, ils se considèrent ou sont considérés comme des candidats antisystème. Marine Le Pen, d’abord, bien sûr en raison de l’histoire de son parti et parce qu’elle arrive à parler à une frange de la population qui se sent exclue et méprisée. Jean-Luc Mélenchon, sur un tout autre créneau représente la contestation plus classique mais virulente et argumentée d’un système économique qui fait exploser les inégalités. Le troisième candidat dit « antisystème », celui qui progresse le plus dans les intentions de vote, c’est François Bayrou. François Bayrou est pourtant, au regard de ses propositions, sans doute le représentant le plus intégré du système économique. Il est pour une rigueur budgétaire sans failles, il dénonce les déficits depuis longtemps et c’est certainement le plus européen des candidats. Il est donc en ce qui concerne les questions économiques et sociales, la quintessence du candidat du système. En revanche il est clairement antisystème pour ce qui est de l’orthodoxie de la Cinquième république. En se dressant contre le bipartisme dominant, en prétendant casser la logique des blocs, il s’oppose à un système qui, dit-il, sclérose la vie politique.

Le terme antisystème est très prisé par les candidats !

Oui, l’« antisystème » est un habit avantageux que tous les candidats, à un moment précis aiment revêtir. Nicolas Sarkozy, lui-même en 2007, pourtant proche de tout ce que Paris comptait de grands patrons et de directeurs de journaux, se décrivait comme un candidat atypique, décalé, loin de l’élite germanopratine ou de la caste des énarques ! Nicolas Sarkozy a eu son moment antisystème revendiqué. De la même façon, pendant les primaires Martine Aubry s’opposait à François Hollande en parlant du candidat du système… le candidat aimé des sondeurs, des médias, comme Jacques Chirac l’avait fait avec Edouard Balladur en 95. Dans la compétition politique, en France où l’esprit frondeur est valorisé, être le candidat du système c’est être le méchant. Que François Hollande ait pu être, un temps, le candidat du système aux yeux des partisans de Martine Aubry, maire de Lille, patronne du PS, le plus grand parti de notables locaux, prouve qu’on est toujours le candidat du système de quelqu’un… le plus extraordinaire, et qui montre l’absurdité de cette posture, c’est que François Hollande, lui-même, monsieur système par excellence d’aujourd’hui, avait prévu, l’année dernière, quand Dominique Strauss-Kahn n’avait pas encore rencontré (si l’on peut dire) Nafissatou Diallo et la disgrâce à la fois… François Hollande avait prévu de faire une campagne des primaires dans le style antisystème ! Contre DSK, le candidat, réputé chouchou des sondages et des journalistes. François Hollande, aurait fait une campagne de terrain, le Corrézien, les pieds dans la glaise au près des « vraies gens » contre l’homme de Washington, la star des patrons gonflée artificiellement par le Tout-Paris médiatique. En fait, Sarkozy, Aubry, Hollande, Mélenchon, Bayrou et même Marine Le Pen sont parfaitement introduits dans le fameux « système » dont ils connaissent tous les codes. « Système » que chacun d’ailleurs décrit comme ça l’arrange. Ils y ont leur place, leur rôle, leurs amitiés journalistiques et leur compte chez les sondeurs. Sondeurs qu’ils fustigent tout haut mais dont ils analysent de très près les études dans l’ombre de leur QG de campagne.

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