Comme souvent, quand la France est engagée militairement sur un théâtre extérieur, il y a une forme de consensus politique qui se dégage.

Oui, et même si des inquiétudes s’expriment sur la solitude des Français sur le terrain, et bientôt, certainement sur l’éventuelle perte de contrôle de quiconque sur le conflit en raison de ce deuxième front ouvert en Algérie avec la prise d’otages d’occidentaux, on l’a bien vu lors du débat hier à l’Assemblée, le principe de l’intervention est largement soutenu. Il y a, pour ces questions, un alignement, quasi-automatique, des deux grands partis de gouvernements, PS et UMP. La France a une identité politique, diplomatique, un message, qu’elle délivre, qu’elle trahit parfois aussi mais qui ne varie pas vraiment quand les majorités changent. Il y a d’autres sujets pour lesquels les différences ne sont pas flagrantes mais la diplomatie est le seul domaine pour lequel la similitude est assumée et même revendiquée. Pour un nouvel élu à l’Elysée, se fondre dans ce qui est le cœur de la sphère régalienne, l’épreuve du feu, le passage initiatique, la porte magique qui le fait entrer, symboliquement dans la fonction néo-monarchique de Président de la République. Il suffit de lire les multiples commentaires sur l’épaisseur présidentielle que confère à François Hollande ce moment, pour mesurer, l’importance de la politique étrangère et de défense dans notre imaginaire national. La France se rétrécie économiquement sur la scène internationale… Mais le nain économique n’est pas un nain politique et encore moins diplomatique ou militaire, voilà aussi l’enjeu pour les deux partis de gouvernement.

Mais il y a quand même des voix discordantes…

Oui, l’intervention au Mali (que l’on ne peut pas placer aussi simplement que ça sous le signe de la sinistre Françafrique) est peu critiquée mais l’union sacrée obligatoire serait mortifère… On peut vite y glisser avec les cercueils qui reviendront inévitablement du Mali et avec aussi ces images valorisantes de la population locale reconnaissante, qui agite des drapeaux tricolores sur le passage de ce que l’on appelle « nos troupes ». Les interrogations sont encore mesurées parce que cette guerre n’était pas voulue par la France. Seulement la tournure des événements peut tout changer en quelques jours. L’affaire des otages en Algérie en est peut-être le point de départ. Nul doute que le discours de l’opposition va vite se raidir. Mais traditionnellement c’est des ailes gauches et droites de chaque camp que viennent d’emblée les critiques. Pour des motifs diamétralement opposés bien sûr… cette fois-ci, les Communistes pourtant prompts à pointer toutes les résurgences néocoloniales, ne sont pas trop sévères mais c’est Jean-Luc Mélenchon qui a exprimé cette inquiétude. Au FN, d’habitude on est mû par une sorte d’isolationnisme teinté de bienveillance pour les dictatures en place. Cette fois-ci, la situation est différente. Marine Le Pen approuve l’opération. Et chez les Verts le principe de l’intervention et les buts de guerre sont acceptés : « Aurions-nous pris la même décision ? La réponse est oui » a affirmé le président du groupe écologiste à l’Assemblée. Seul, quasiment, Noël Mamère s’est désolidarisé de cette position. L’union nationale de principe, des politiques et sur la durée, serait dramatique, car la guerre et ceux qui la font doivent toujours être questionnés et soumis à l’esprit critique.

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