Ce matin , Thomas Legrand évoque une situation inédite que la gauche de gouvernement risque d’avoir à affronter dans les prochaines semaines…

Oui, la gauche a toutes les chances de se retrouver très vite au centre d’un conflit de légitimité… Dans 12 jours la primaire accouchera d’un candidat. On peut aisément penser –instruit par l’expérience, restons prudents, voyons large- que ce sera l’un des 3 suivants : Valls, Montebourg ou Hamon (appelons le Manuel Hamontbourg, par une sorte de prudente convention, et parce que c’est plus pratique pour ma démonstration). Donc, dès le lendemain, et pendant tout le mois de février, les sondages (que personne ne croit) vont se multiplier et quand même réussir à installer une hiérarchie. Il y a aura aussi l’engouement populaire, l’affluence aux meetings comparée entre Jean-Luc Mélenchon,Emmanuel Macron et Manuel Hamontbourg. On risque de vite s’apercevoir que si le socialiste se retire, alors E.Macron pourrait bien être en mesure de gagner cette présidentielle. Parce que la primaire de la droite n’a pas placé François Fillon sur une orbite très sûre et que la campagne de Marine Le Pen n’est pas encore tranchante.

La gauche peut donc gagner la présidentielle ?

E.Macron du moins ! C’est un sentiment nouveau qui monte parmi les responsables politiques de tous bords. Dès lors, une terrible pression va s’abattre sur Manuel Hamonbtourg. Et c’est l’appareil socialiste, lui-même, ses élus, ses grandes personnalités, ses militants qui l’exerceront pour que leur candidat cède la place, si toutefois, le rapport de force reste celui d’aujourd’hui… c’est à dire un Emmanuel Macron autour de 20%, un Jean-Luc Mélenchon autour de 12 et le socialiste autour de 10. L’opinion de gauche, qui redoute au plus haut point d’avoir à arbitrer au 2ndtour de la présidentielle entre M.Le Pen et F.Fillon, accentuera cette pression. Et c’est là qu’apparaît le dilemme politique et démocratique : Comment évaluer un rapport de forces fondées sur des terrains si différents ? Comment peut-on considérer qu’une série de sondages, et même une large affluence à des meetings, de bons taux d’audience à la télé, c’est-à-dire les éléments de la démocratie d’opinion, forment une légitimité supérieure à celle d’un vote populaire de 2 ou 3 millions de citoyens qui se seront déplacés, auront payé 1 euro pour choisir un candidat ? Bien sûr (si la participation à la primaire n’est pas ridicule), la légitimité démocratique d’un Manuel Hamontourg sera plus importante que celle d’un Macron superstar des classements de popularité. Une urne restera toujours une source de légitimité démocratique, pas un résultat de la Sofres ou d’Ipsos. Mais comment pourraient se dérouler les pourparlers entre un Manuel Hamontebourg qui aura reçu un 1er mandat populaire mais qui ne pourrait, à l’évidence, pas gagner en mai et un Emmanuel Macron, candidat-autoproclamé mais qui apparaitrait, pour la gauche comme la seule possibilité d’éviter un duel final Fillon/LePen ? Ce sera (ce serait !) une situation inédite de conflit entre une petite mais réelle légitimité et la puissante promesse d’une future large légitimité acquise lors de la reine des élections : la présidentielle ? Le principe démocratique contre l’efficacité politique… Voilà un beau cas d’étude pour la science-politique que nous allons vivre dans les semaines qui viennent.

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