Hier, en visite à Calais, le Président a tenté de clarifier sa politique migratoire

Hier, en annonçant que l’Etat reprendrait à sa charge les repas des migrants de Calais et ferait des efforts pour leur hébergement, mais aussi en récusant les violences policières et le harcèlement (avec cette prudente réserve « si ces faits sont avérés, cela sera sanctionné sans faille » dit-il) le président a voulu rééquilibrer l’apparence de sa politique migratoire. Ce discours semblait répondre point pour point -et sans y parvenir tout à fait- au texte argumenté et sévère, publié dans Le Monde, par des hommes qui avaient participé activement à l’élaboration de son programme, comme l’économiste, Jean Pisani-Ferry ou Lionel Zinsou, le président du think tank modéré Terra Nova. Leur accusation, qui rejoint celle de toutes les associations humanitaires, même les moins enclines à la polémique, porte sur la différence entre le discours humaniste, ouvert et confiant du président, et la pratique sur le terrain des forces de police.

La circulaire Collomb par exemple ?

Oui, qui permet une intrusion de l’administration dans les centres d’hébergement d’urgence. Mais plus globalement, une politique de harcèlement des migrants et de culpabilisation des humanitaires. Attitude dictée, au moins implicitement, par le ministre de l’Intérieur qui reprend les thèses de la submersion : « _qui peut affirmer –dit-il- que la France peut accueillir dignement 185.000 migrants_ » ?... et c’est là le nœud de l’affaire. La France, 6ème puissance du monde, ne pourrait donc pas faire 1/5ème de ce que fait l’Allemagne ? Le discours conforme à l’esprit sur lequel s’est fait élire Emmanuel Macron, conforme à la réalité du monde d’aujourd’hui, conforme au fait que nous ne renverrons pas (quelle que soit notre fermeté) plus de 25 à 30.000 personnes par an, ne devrait-il pas être un appel à faire face à ce défi tout à fait surmontable ? Beaucoup moins lourd que les défis  qu’affrontent l’Italie, la Grèce ou l’Allemagne ? L’effet d’appel d’air n’existe pas… sinon, le calvaire vécu en Libye par les migrants aurait tari le flux ! Traiter avec humanité ceux qui sont là ne crée pas d’incitation… Le discours du président et les actes du ministre de l’Intérieur sont contradictoires sur ce point. Il va falloir, bien sûr, être plus persuasif avec les pays d’émigration pour permettre plus de retours forcés mais ce ne sera jamais massif. Le choix entre proposer une politique qui parait équilibrée pour l’opinion et une politique équilibrée par rapport à la réalité du monde n’est pas toujours le même. Le président ne semble pas prêt au parler-vrai sur ce sujet… pas prêt à expliquer à une population inquiète que les bouleversements du monde, la crise climatique et les grandes migrations qui en résultent vont nous obliger à plus de solidarité et que ça changera quelques unes de nos habitudes, peut-être de nos conforts, mais que l’on est assez forts pour y faire face ! Il n’est pas né (en tout cas pas élu) le président qui aura le courage politique de proposer au pays d’affronter cette crise sans perdre ses valeurs. L’aile gauche du macronisme, proche du mouvement social, est à la peine aujourd’hui… rassurons-la, demain, elle sera plus à l’aise avec la décision sur NDDL !

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