L’échec du Brexit pose un problème démocratique.

Exactement comme ce qui s’était passé après le référendum de 2005 ! On entend beaucoup, même dans la voix d’Emmanuel Macron, avant hier devant les maires, cet argument selon lequel la victoire du ‘non’ en 2005 n’a pas été respectée parce que le contenu du traité constitutionnel, refusé par les peuples français et néerlandais, a finalement été adopté, par la bande, via le traité de Lisbonne en 2009. Le traité de Lisbonne est désormais le nom d’une trahison. Il y a bien eu déni de démocratie mais l’inconvénient c’est que personne ne peut dire en quoi aurait constitué le respect du ‘non’ de 2005. Et c’est tout le problème de ce type de consultation. Quand le général de Gaulle propose une réforme du Sénat et la régionalisation en 1969, on sait parfaitement ce que signifie le vote ‘non’. Le départ du General  certes mais plus simplement le maintien du Sénat et des territoires en l’état. En revanche,  respecter le ‘non’ en 2005 ne pouvait pas signifier le statuquo du fait de l’élargissement et de l’impossibilité de continuer avec les mêmes règles, qui de plus étaient, elles aussi, refusées par les tenants du ‘non’ ! Le ‘non’ de 2005, nationaliste ou souverainiste, ou social ou écologiste (éléments politiquement incompatibles), n’était pas un ‘oui’ à autre chose. 

Il en va de même pour le Brexit ?

Oui parce que le ‘Brexit’, basé sur une addition d’arguments rationnels et construits, de colères    et aussi de mensonges ne dit rien de ce que partir veut dire concrètement. Tout est à négocier ! Que veut dire quitter l’Europe quand l’économie et la vie de chaque entreprise et citoyen  européen est à ce point imbriquée ? N’importe quel produit industriel ‘made in quelque part’ en Europe n’est, en réalité, que assemblé dans le pays, composé d’éléments qui proviennent de tout le continent. On a fait les choses à l’envers : l’économie avant la politique ! L’Europe est une économie très intégrée et dire simplement « je pars », c’est ne rien dire du tout. La métaphore du divorce souvent utilisée n’est pas la bonne. Dans un divorce, on se répartit les affaires, on détermine la garde des enfants. Dans le Brexit (ou l’éventuel Frexit), ce ne sont pas des affaires ni des enfants mais des économies, des systèmes imbriqués en tout genre qu’il faut démêler avec des conséquences en chaine. Le déni démocratique vient donc du fait que le périmètre de nos expressions électorales, les Etat-nations, ne correspond plus au périmètre de nos économies et même de nos vies. Nos votes sont nationaux mais la résolution de nos vrais problèmes sont majoritairement d’une autre dimension : soit très locale, soit continentale. On le voit pour taxer les GAFA, lutter contre l’évasion fiscale, traiter vraiment la question écologique, faire face aux impérialismes chinois, américain et russe… le cadre national n’est plus le bon. Ce décalage entre le périmètre de nos votes, qui établit la plus forte légitimité politique à nos yeux, et le périmètre de nos problèmes est si fort qu’il détruit la confiance démocratique sur laquelle nos systèmes politiques reposent depuis la Libération. Les référendums à choix fermés comme le Brexit ou la consultation de 2005 sont les manifestations les plus évidentes de ce hiatus démocratique. 

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