Ce matin, la crise des vocations dans l’enseignement.

Banderole "Marre d en saigner" à Paris, le 10 décembre 2019.
Banderole "Marre d en saigner" à Paris, le 10 décembre 2019. © AFP / Mathieu Menard / Hans Lucas

Quoi de plus préoccupant pour un pays que de voir ses étudiants se détourner du plus beau métier, celui de transmettre la connaissance. Le taux de candidats pour les concours chute. Il n’y plus que 5,6 candidats par poste à pourvoir. Ils étaient 6,3 l’année dernière et 8,4 en 2006 ! 

Les raisons sont connues : dégradation des conditions de travail ; impression d’être broyé par des programmes, des méthodes inconstantes ; sentiment, par exemple, que les inspections ne servent plus à rien... tant la marge de manœuvre de chaque échelon de l’institution est contrainte budgétairement ; rapports compliqués avec des parents toujours plus inquiets et défiants. 

Tout le monde connaît des profs, ceux de ses enfants en premier lieu. Les ambiances à l’école infusent rapidement la société. Dès lors, les étudiants intéressés par la carrière d’enseignants savent exactement quel est l’état d’esprit du moment chez les profs du primaire ou du secondaire... 

Quelles sont les remontées de salles de professeurs en ce moment ?

Fatigue et colère. 

Rien de bon ! Particulièrement au Lycée… Beaucoup de pression liée aux programmes chargés, trop ambitieux aux vues du nombre d’heures allouées. Les professeurs sont très sollicités par les parents perdus face aux choix de spécialités pour le nouveau bac... d’ailleurs les première épreuves en janvier suscitent l’incompréhension. 

On  s’oriente vraiment vers un bac local, donc inégalitaire ou faussé, comme le redoutaient les opposants à la réforme, puisque les sujets seront finalement souvent choisis par les professeurs de l’établissement et les copies (pour les épreuves de Première) seront aussi corrigées par eux ! Une aberration ! 

La tentation de préparer leurs élèves aux sujets qu’ils auront choisis sera inévitable. Quant à l’anonymat des copies d’élèves qu’ils auront eus toute l’année, il sera très compliqué à garantir ! 

Autre impression générale, qui contredit le discours du ministre sur l’autonomisation, l’émancipation comme valeur cardinale : les budgets pour des projets et sorties se réduisent, les DHG - dotation horaire globale- sont en baisse, réduisant les latitudes des chefs d’établissement ou des profs pour leurs projets de classes, tout ce qui peut ouvrir l’école à la culture et la société. Beaucoup de professeurs ont l’impression de mal faire leur travail, de ne jamais être dans les temps ... et cette pression rejaillit sur les élèves ! 

Les élèves de Première, en ce début d’année, sont stressés, angoissés. Dans ce contexte, les propos du gouvernement sur la nécessaire augmentation salariale pour pallier les effets de la réforme des retraites sont difficilement audibles. 

La situation des professeurs, à l’instar de celle du monde médical, est préoccupante

Le terme de ‘signal faible’ est à la mode. Ce taux de candidature est un ‘signal fort’ de l’état de notre société... Une preuve tangible de l’échec d’une politique depuis longtemps et de l’échec d’un ministre de l’Education qui était pourtant arrivé auréolé d’une réputation avantageuse dans l’opinion. 

Ce mélange d'épuisement et de colère n’est plus seulement une question sociale pour les personnels et les usagers concernés, c’est une question de cohésion nationale.

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