Le Président de la République a prononcé lundi un discours devant l’OIT, l’organisation Internationale du Travail. Et depuis, on lit et entend des réactions assez univoques sur la contradiction entre ce discours, à portée internationale, et l’action du président en France. Il dirait « blancs » pour l’économie mondiale et ferait « noire » pour l’économie française. Cette critique est motivée par le fait qu’à Genève, lundi, Nicolas Sarkozy avait des accents quasi socialistes. Il réclamait plus de normes ou plus de moyens pour que les normes existantes soient appliquées. Il a aussi plaidé, à nouveau, pour un rôle accru des institutions internationales de régulations et de contrôle et, encore une fois, pour une réforme de la finance internationale, notamment en ce qui concerne les paradis fiscaux. Un discours volontariste. En tenant ce discours, Nicolas Sarkozy opère, c’est vrai, un virage, mais ce n’est peut-être pas celui que l’on dénonce généralement. C’est vrai, pendant la campagne présidentielle, le propos du candidat Sarkozy avait plus des accents reaganien que lulasien. Le ton a changé depuis la crise. Mais la libéralisation du marché du travail telle qu’elle était prévue dans son programme aurait placé la France encore largement dans le camp des pays au capitalisme encadré. C'est-à-dire que même le discours de sa campagne, classé très justement comme libéral en France, aurait encore des accents socialisants, prononcé dans une enceinte internationale imprégnée du libéralisme anglo-saxon ambiant d’alors. On l’a déjà souligné, la droite française, tenante du capitalisme d’Etat et héritière de Colbert, est assez peu libérale même en comparaison avec de nombreux partis sociaux démocrates européens. L’accusation de double langage est injustifiée, c’est un effet d’optique. En revanche, on peut remarquer que le Président, sans changer fondamentalement la position de la France, ni son discours dans les instances internationales, s’exprime avec, en toile de fond, une logique inverse à celle qui présidait pendant sa campagne. Souvenez-vous, Nicolas Sarkozy nous expliquait au printemps 2007 qu’il fallait adapter la France à la mondialisation. C’est-à-dire qu’il fallait réformer dans le sens d’une libéralisation pour se rapprocher de la norme dominante sur la planète. Aujourd’hui, c’est l’inverse, il demande à la planète de se rapprocher du modèle français. Il faut que le monde ressemble plus à la France et non pas la France au monde. C’est une sorte de salto idéologique qui revient à dire que, contrairement à ce que le candidat Sarkozy nous disait, la France avait bien raison de résister à une certaine forme de mondialisation. Le fait de pouvoir tenir un discours avec des motivations idéologiques inverses, mais de façon également péremptoire, force le respect. La vraie contradiction, finalement, dans le discours du moment de Nicolas Sarkozy, que ce soit le discours dont nous parlons prononcé à Genève avant-hier ou que ce soit le texte commun publié pendant la campagne des européennes avec Angela Merckel, qui vise aussi à encadrer le capitalisme, la vraie contradiction réside dans le fait de s’apprêter à favoriser la reconduction de Jose Manuel Barroso à la tête de la commission européenne. Si les députés UMP élus au parlement de Strasbourg, dans le cadre du groupe PPE votent, comme c’est parti pour, en faveur du candidat Barroso, il enverra un signal dont le sens sera l’inverse de celui du discours de Genève et du texte Merkel-Sarkozy.

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