Les multiples révélations du Canard Enchaîné révèlent l’échec de la rénovation de la « gouvernance »…12.000 euros de cigares, permis de construire de complaisance, l’hôtel trop cher, revenus cumulés, appartement de fonction…ça n’arrête pas ! Et cette impression d’absence de vergogne au sommet de l’Etat est sans doute l’un des plus gros ratages de la première partie du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ces affaires ne sont qu’un aspect d’un ratage plus gros encore…celui d’une nouvelle « gouvernance » qui pourtant avait été au cœur de la campagne de 2007, une campagne, il faut le rappeler, qui avait conduit à une participation électorale très forte. Souvenez-vous, on disait que la politique était de retour. Il faut revenir sur ce mot : « gouvernance », venu de la géopolitique. C’était un mot à la mode en 2007. Nicolas Sarkozy comme Ségolène Royal dénonçaient les abus des élites politiques et se présentaient en futur gouvernants « modestes et responsables ». Ce discours, tout autant, que les propositions programmatiques, ont fait le succès des deux finalistes et à fortiori du vainqueur. Il faut rappeler ce que disait Nicolas Sarkozy en avril 2007 : « je veux une république irréprochable, je veux changer les pratiques de la république, je veux plus de simplicité, plus de proximité ». Ce « je veux » appuyé était d’autant plus convaincant qu’il émanait d’un candidat d’une nouvelle génération. Il semblait avoir pris conscience de l’état d’exaspération d’une grande partie de la population après cinquante ans de dérives néo-monarchiques de pratiques du pouvoir. La déception n’en est que plus forte. Elle est décuplée par les effets de la crise et les sacrifices demandés à chacun. A chaque révélation du Canard sur les abus et le maintien de ces vielles pratiques on est confondu ! On se demande toujours si l’élite politique écoute un peu les élus locaux qui s’évertuent à faire remonter l’exaspération de la population. En vain semble-t-il. François Fillon demande maintenant à ses ministres, retraités du parlement, de renoncer à leur 6000 euros de pension. Trop tard, le mal est fait. Mais le mot « Gouvernance » recouvre une notion plus large!Oui et l’échec de la réforme de la gouvernance est beaucoup plus large : il tient aussi à cette façon de ne pas respecter la séparation des pouvoirs dans bien des domaines, d’asphyxier le parlement de projets de lois que les députés n’ont pas le temps d’amender, de refuser une commission d’enquête sur l’attentat de Karachi, d’instaurer la désignation des patrons de chaines publiques par le président de la république, de s’occuper de trop près de l’identité des repreneurs du journal le Monde… mais au-delà encore, la gouvernance c’est la méthode par laquelle on réforme. Une tentative de modernisation, au départ réussie avait pu donner de l’espoir à tous ceux qui attendent que la démocratie française sorte de l’adolescence : le Grenelle de l’environnement avait ouvert la voie. Une batterie de réformes mises au point par de multiples acteurs de la société, non pas simplement consultés mais transformés en co-auteur du projet. Le Parlement devait ensuite traduire ces décisions dans la loi. Cette tentative, même partiellement gâchée sur la fin, est à mettre au crédit du président. Elle représente cette volonté de sortir d’une logique d’affrontement et de calcul permanent du fameux rapport de force. Le contre exemple c’est la réforme des retraites…on a fait ça à l’ancienne avec le vieux briscard Raymond Soubie à la manœuvre, dans l’ombre, avec les techniques politicardes les ballons d’essais, les fuites organisées, le calendrier des annonces maitrisées pour contraindre les syndicats. Ce qui est dommage c’est que la modernisation de la gouvernance c’était l’une des rares réformes qui ne coute pas un Euro. Qui pouvait même en rapporter un peu.

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