Vous avez regardé le Président de la République hier soir dans l’émission « Capital » sur M6… Le but affiché, c’était d’être pédagogique.

Oui quand la popularité n’est pas au rendez-vous les gouvernants disent toujours : « on va essayer de faire de la pédagogie »… comme si l’approbation de leur action devait plus à une mauvaise compréhension qu’à un désaccord de fond. C’est une forme de dépolitisation du débat puisqu’il ne s’agit plus de conviction mais de pédagogie. François Hollande est apparu, me semble-t’il, pris au piège de cette logique qui pousse à entrer dans les détails et à apparaître forcément parfois contradictoire et donc faible. Et il y avait souvent hier, cette contradiction entre le discours général et le détail du discours vers lequel le ramenait le journaliste dans la logique de son émission. Ces derniers mois, dans son discours général, le Président avait décidé d’assumer clairement une ligne dite « rigoureuse », de reconnaître officiellement qu’il y a un grave problème de « compétitivité ». François Hollande dit même que l’Allemagne a mis dix ans à se réformer alors que nous, nous n’en sommes qu’à la première année. Il suggère ainsi que nous devons faire ce que l’Allemagne a fait… et donc des réformes structurelles radicales ! Le discours général est ferme et assuré.

Et ce n’est pas le cas quand on entre dans le détail ?

Non dans le détail, il a toujours l’air en deçà. Il ne dit pas clairement qu’il faut supprimer le département, au moins dans les zones urbaines, il trouve que réformer les professions encadrées comme les taxis ou les professions juridiques n’est peut-être pas opportun, que le jour de carence pour les fonctionnaires n’est pas justifié ou qu’on ne doit pas toucher aux pensions des retraités. On peut penser ce que l’on veut de ces sujets mais, ne pas vouloir s’attaquer plus franchement à ce que recouvrent ces quatre exemples parmi bien d’autres, met le Président en porte-à-faux avec son discours général. Pourtant les annonces et les réalisations de ce gouvernement, sur les retraites, sur le marché du travail constituent de vraies réformes qui vont bien au-delà (et parfois dans un sens inverse) de ce qu’avait annoncé le candidat Hollande. Mais il se dégage toujours, une impression de relative manque de volonté. Nicolas Sarkozy dégageait l’impression inverse… la toute puissance et la volonté démesurée, dans le général comme dans le détail. Seulement la réalité concrète n’avait rien à voir… puisqu’aujourd’hui tout reste à faire. Pour l’instant on ne peut que constater la différence de style entre François Hollande et son prédécesseur…On voit bien la philosophie du Président, « tout remettre à plat c’est le meilleur moyen pour que rien ne se passe » dit-il. Mais a contrario, donner l’impression de tout ménager (département, fonctionnaires, professions réglementées, retraités) casse l’énergie du discours général. Peut-être qu’une partie du problème d’adhésion ou de lisibilité vient du fait que ce n’est pas au Président d’assumer et à la fois le général et le détail ! En faisant les deux, selon leur caractère, Sarkozy apparaissait en hyper-président, finalement inopérant et Hollande en hypo-président dont l’efficacité reste à démontrer. Pour remédier à ces situations qui ne font qu’alimenter cette impression mortifère d’impuissance des politiques, peut-être faudrait-il commencer par réussir à revenir à la dichotomie voulue par les institutions. Le général au Président, le détail au Premier ministre.

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