Les réformes ne passent pas, ou alors en force. A l’inverse de la méthode voulue par le président pour apaiser le pays : La loi famille retirée du parlement cette nuit, boquée par un flot d’amendements de l’opposition, la réforme ferroviaire qui provoque des grèves dures, le financement des intermittents que le gouvernement va bien devoir valider et pondérer en payant près de 200 millions d’euros, l’équilibre du pacte de responsabilité qui est combattu de l’intérieur, les rythmes scolaires, la réforme territoriale, loi Alur sur le logement, transition énergétique, détricotés avant d’être appliqués ou même annoncés. On a le sentiment que la société française n’entrevoit l’espoir de bonnes nouvelles qu’en provenance de l’équipe de France de foot ! Pourtant François Hollande a tenu une promesse essentielle, une promesse de méthode. Mais il s’avère que l’application de cette promesse, qui devait déverrouiller la société et permettre au pays de se réformer, est inopérante: il s’agit de la promesse du dialogue social, de la réforme par recherche du compromis. Le pacte de responsabilité est signé par la CFDT et le MEDE. Sur le papier c’est donc un bel accord même si chacun des signataires, pour calmer sa base, est obligé de menacer de claquer la porte… Eh bien cet accord est contesté par de nombreux députés de la majorité.La loi ferroviaire est aussi un modèle de législation préparée en amont avec les partenaires sociaux ! Oui, les leaders syndicaux se retrouvent pourtant débordés par leur base, contrecarrés dans leur démarche par des affaires de boutiques syndicales qui les poussent à la surenchère. L’accord sur l’assurance chômage : là nous sommes au cœur du paritarisme, le B-A BA du dialogue social. Les syndicats (FO compris) se mettent d’accord sur ce sujet délicat, avec son annexe intermittents du spectacle ! Eh bien non, malgré l’accord, la signature des partenaires sociaux, une partie importante de la base n’en veut pas ! Comme si la société du contrat ne pouvait pas fonctionner chez nous. Comme si on ne pouvait pas admettre que des partenaires sociaux, des syndicalistes qui connaissent les dossiers, les contraintes, travaillent dans l’intérêt commun en signant un accord avec le Medef ! Chez nous un accord est forcément suspect ! Voilà François Hollande dans le rôle paradoxale du chef qui doit jouer la fermeté pour faire accepter, non pas des décisions descendues abruptement d’en haut, mais des décisions négociées, concertées… donc normalement acceptées. Nous sommes au centre du problème français. Aucune décision, qu’elle soit issue d’un président pourtant fraichement élu ou d’un accord entre partenaires sociaux, aucune réforme ne passe sans épreuve de force. Toutes les raisons de ces blocages ont été maintes fois analysées. La nature de cette défiance endémique n’est pas le fait du président mais ce qui est de son fait c’est de n’avoir pas -pendant sa campagne ou au tout début de son mandat- pas tenu un discours de vérité. Le président, parait-il, ne croit pas aux vertus du discours Churchillien « du sang et des larmes » ! Pourtant il avait une référence idéologique plus proche à sa disposition : le discours de vérité mendésiste. Affirmer que pour sortir de la crise seuls les 10% les plus riches auront à faire des sacrifices fut sans doute le péché originel de la présidence Hollande. Un péché qui a nourri, plutôt que de la combattre, la défiance généralisée qui plombe la France depuis si longtemps.

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