Ce matin vous vous interrogez sur les raisons qui ont conduit Nicolas Sarkozy à ce revirement, à propos du débat sur la remise en cause du droit du sol !

Oui, un débat qui n’est pas neuf. VGE, en 1991, qui n’avait pas encore fait le deuil d’une possible réélection, l’avait évoqué. Un peu plus tôt au début des années 1980, Charles Pasqua, un temps tenté par une alliance entre le FN montant et le RPR, avait prôné la fin du droit du sol. Cette idée, qui semble être le pendant pour la droite de ce qu’est le droit de vote des étrangers pour la gauche (un fanion plus qu’un vrai projet), fut aussi évoqué par Jean-François Copé à la tête d’une UMP sous influence buissonienne, après la défaite de 2012. Nicolas Sarkozy, en revanche, avait, jusqu’ici, toujours refusé que le droit du sol soit remis en cause. Avec une belle formule qui semblait viscérale, liée à son histoire « avec le droit du sang, disait-il, on a toujours un sang qui n’est pas suffisamment pur ». Ce revirement est d’autant plus significatif qu’il correspond au moment où l’UMP se transforme en Les Républicains.

Nicolas Sarkozy estime sans doute que la société se raidit sur ce sujet et qu’il faut répondre à cette angoisse…

Oui mais la conception du droit du sol n’exclut pas de durcir les conditions d’accession à la nationalité, si vraiment l’on veut offrir une perspective de fermeté, comme semble le vouloir la droite en reconstruction. On est Français parce qu’on est de parents français (droit du sang) ou – c’est l’esprit bien spécifique de l’idée républicaine - selon certaines conditions définies par la loi, parce qu’on est né en France, que l’on partage un destin commun sur le territoire français (le droit du sol). Être français en république ne peut donc philosophiquement pas exclure, ou trop réduire, le droit du sol qui signifie que le destin d’un homme n’est pas lié qu'à son sang, sa lignée ou sa religion, d’autres diront sa race. Ouvrir ce débat, en même temps que l’on devient président d’un parti qui s’appelle Les Républicains, c’est un peu comme ouvrir le débat sur l’existence de Dieu le jour de sa nomination comme évêque ! En fait, le plus probable, c’est que Nicolas Sarkozy n’y croit pas. Pour « Le petit Français de sang mêlé » comme il aime à se présenter parfois, la politique est une question de demande plutôt que d’offre. Il ne se présente pas devant l’opinion avec ses idées, en essayant de les défendre, mais tente d’accéder au pouvoir en proposant à l’opinion ce qu’il estime qu’elle attend. Justifiant son ton très droitier, ces derniers temps, Nicolas Sarkozy a répondu (d’après le journal Challenges ) à un visiteur qui s’étonnait de la rudesse de ses propos publics que, je cite « pour gagner, il faut se salir les mains. Il faut dire aux gens ce qu’ils veulent entendre ». Le problème de ce genre de conception, c’est qu’il y a d’autres responsables politiques qui défendent l’exclusivité du droit du sang…mais eux, ils y croient vraiment. Ceux-là sont renforcés par ceux qui rusent avec les convictions. Et puis, dire aux gens d’abord ce qu’ils veulent entendre plutôt que de tenter de les convaincre de ce que l’on croit Imaginer ce que ça donnerait - tiens au hasard, petit clin d’œil à Maud Fontenoy - dans le domaine de l’environnement.

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