Menace sur le BAC avec un mouvement des enseignants chargés de surveiller les épreuves.

Les épreuves commencent… dans ¼ d’heure ! L’idée qu’il puisse y avoir –pour la 1ère fois depuis 2003- une grève pour le BAC (cap scolaire mais aussi initiatique pour les jeunes Français) révèle une colère des enseignants, inédite par sa nature ! Dans la vie politique et sociale, des capteurs classiques permettent d’évaluer une crise. L’activité militante des syndicats, la teneur des mots d’ordre (codes que l’on sait déchiffrer), les taux de grévistes, l’affluence aux manifestations, le soutien populaire. Ces indices nous permettaient d’évaluer la puissance réelle d’un mouvement. Mais ces sondes pour jauger la profondeur d’un mouvement social ne sont plus adaptées. Nous sommes comme le sismologue qui s’aperçoit qu’il a installé ses enregistreurs de mouvements telluriques trop près d’une autoroute, le grondement permanent du trafic masque le bruit sourd et bas des failles profondes. La colère, le malaise des professeurs, cette fois-ci, n’est pas l’habituelle crainte conservatrice aux aspects catégoriels, souvent sur-joués par les syndicats. Il ne s’agit pas du râle du Mamouth trop gras. 

Les syndicats ne sont plus le seul vecteur de la colère, 

Non, cette fois-ci, ça ne passe bien au-delà, alors que quasiment tous les établissements, tous les niveaux, tous les grades, jusqu’aux directeurs, proviseurs et inspecteurs, sont touchés par le désarroi et disent (souvent en off, pour ce qui est de la hiérarchie), leur impression de ne pas être écouté par le ministre. La colère s’exprime hors cadre et peut parfois être réprimée, ce qui ajoute au sentiment d’injustice. Des professeurs se contactent par réseaux sociaux, font des grèves peu perceptibles de l’extérieur : grève des notes ou d’exercer sa mission de prof principal. Depuis janvier, dans les lycées, les proviseurs tentent d’organiser les combinaisons de spécialités en classe de Première pour l’année prochaine. Il apparait que la réforme du lycée, qui -sur le papier- a les aspects de la rationalité, s’avère un casse-tête qui risque de produire l’inverse du but recherché. La question des maths explose. Les élèves (et leurs parents) ne choisissent pas ce qui leur plait (comme en rêvait le ministre) mais ce qu’ils croient efficace pour les sélections futures. Conscients que ça reste la matière passerelle pour les filières post-bac, il y a un afflux irrationnel vers les maths... et de nombreuses  classes seront à 35 élèves, le plafond autorisé avec des niveaux disparates… Ce n’est pas la réforme de la SNCF avec des trains sur des rails ! Il s’avère, depuis quelques semaines, alors que se dessine la géographie scolaire née de l’application de la réforme des lycées, que les inégalités territoriales risquent de s’accroitre. Il n’y aura pas le choix partout. Le macronisme s’était promis de s’appuyer sur l’intelligence de terrain, il vient de réaffirmer sa volonté de prendre le temps d’écouter la société. Le ministre Blanquer semble, pour sa part, être resté dans le macronisme 1ère époque, A la hussarde !  ‘J’ai raison, mais ils ne le savent pas encore’, ce à quoi les enseignants répondent dans un dialogue de sourd : ‘on n’a pas tort, râlons plus fort’

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