Pourquoi la question "doit-on autoriser les statistiques ethniques" est-elle absurde ?

L’INED ou l’INSEE font déjà des études en s’intéressant aux origines nationales de ceux qui vivent en France.
L’INED ou l’INSEE font déjà des études en s’intéressant aux origines nationales de ceux qui vivent en France. © Getty

Parce que la réponse généralement formulée par ceux qui s’y opposent ‘la république qui ne connait pas de différences ethniques’ est une affirmation théorique, philosophique qui ne décrit pas la réalité. Et que la réponse de ceux qui y sont favorables ‘ça permettrait de lutter contre le racisme’ ne marche pas, au contraire, comme on le voit là où elle est pratiquée dans sa forme la plus poussée ‘la statistique ethno-raciale’ aux États-Unis ou au Brésil par exemple. 

En réalité, comme souvent, il faut d’abord savoir de quoi l’on parle. En France, certes, il n’y a pas officiellement de races mais il y a du racisme ! Votre origine, adresse, patronyme détermine votre chance de trouver un emploi ou un logement… Comment établir des politiques qui nous  rapprochent de l’idéal républicain d’égalité sans savoir qui est qui,  qu’est-ce que chacun représente aux yeux de la communauté nationale et  aussi (c’est l’évolution de l’antiracisme) comment chacun se vit dans la communauté nationale. 

Alors peut-on rester républicains en différenciant ethniquement les Français pour lutter  contre les inégalités ?

L’INED, l’Institut National des Études Démographiques, des instituts de sondages, le font déjà, sous le regard approbateur de la CNIL. Il ne s’agit pas, comme en Angleterre  et aux États-Unis de classements ethno-raciales… Avec des nomenclatures colorisées… sorte de nuancier administratif absurde dans  un monde de plus en plus métissé.

De quoi s’agit-il alors ?

De statistiques d’origines. L’INED ou l’INSEE font déjà des études en s’intéressant aux origines nationales de ceux qui vivent en France. Ils posent des questions et établissent des classements précis : quelle est votre origine nationale, celle de vos parents ? C’est comme cela que le terme ‘première ou deuxième génération’ est utilisé sans problème par tout le monde, même par ceux qui refusent les statistiques ethniques. 

C’est par exemple grâce à ces statistiques que l’on peut établir en données chiffrées et précises ce que de toute façon tout le monde voit : l’existence de ghettos ethniques ou la sous représentation de maghrébins et de noirs dans les hautes sphères. L’actualité effrayante, la violence entre tchétchènes et maghrébins à Dijon, est forcément décrite en termes ethniques, comme je viens de le faire. Il  nous faut savoir, pour bien combattre ces phénomènes, qui habitent où,  et combien ils sont. 

Ce qui est à proscrire (et quasiment toute l’Europe le proscrit, même sans idéal républicain) c’est l’idée de races qui induit celle de hiérarchie. Enfin, il faut se référer à la loi informatique et liberté de 1978 et à toutes ses  dérogations : il est une constante, espérons-le intangible : la distinction entre fichiers de gestion (fichiers d’employés,  d’adhérents, de locataires) et fichiers d’enquête. 

Les seconds, seuls, peuvent introduire des distinctions personnelles d’origines ou d’opinions bien sûr, c’est même leur intérêt. Donc dire ‘je suis pour ou je suis contre les statistiques ethniques’, c’est aussi absurde que dire ‘je suis pour ou je suis contre l’eau bouillante’ : pour faire cuire les pâtes oui, pour prendre une douche non ...

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