La passation de pouvoir entre Dominique de Villepin et son successeur est prévue à 11 heures à Matignon. La nomination de François Fillon comme premier ministre de Nicolas Sarkozy devrait intervenir dans les minutes qui viennent. C'est peu de dire que ces deux là ont mis longtemps à se trouver. Sarko/fillon, c'était le feu et l'eau, et des braises toujours chaudes sur lesquelles leurs entourages respectifs soufflaient régulièrement. Homme trop pressé, trop brutal, trop ambitieux, trop voyant, pensait le très prudent député de la Sarthe du vibrionnant Sarkozy. L'intéressé moquait facilement son effacement, quand d'autres épinglaient carrément son manque de courage en le surnommant "courage Fillon". En meeting commun, on l'a même entendu lâcher : "C'est pas mal Fillon, mais c'est vieux non comme façon de faire de la politique ?". Les deux hommes sont de la même génération, ils auraient pu être complémentaires ; ils se sont plutôt vécus comme adversaires, voire rivaux à partir de 2002. François Fillon, ex séguiniste, ex balladurien, s'était en effet rallié avec ostentation à Jacques Chirac pour la campagne présidentielle. Très vite, il avait cru pouvoir jouer "l'homme du président" contre la voracité de Nicolas Sarkozy à conquérir son titre de successeur. Deux gifles, violentes, ont mis fin à cette compétition et les ont réunis. 2004 : à sa grande surprise, François Fillon perd son fauteuil de président de la région des pays de Loire. Première humiliation pour cet homme à qui jusque là tout avait réussi et qui pouvait notamment se targuer d'avoir mené à bien lui, le gaulliste social, la réforme des retraites grâce au dialogue qu'il a su instaurer spécialemet avec la CFDT. Juin 2005 : Dominique de Villepin l'évince de son gouvernement. François Fillon pour la première fois se lâche : "quand on fera le bilan de Chirac, on se souviendra de rien, sauf de mes réformes" gronde-t-il, "en me virant, ajoute-t-il, ils viennent de faire de moi le futur directeur de campagne de Nicolas Sarkozy". Il n'aura pas le titre mais qu'importe, pendant deux ans, il va devenir la cheville ouvrière du programme législatif de l'UMP, il va apprendre aussi à travailler avec Nicolas Sarkozy, parfois soupe au lait, mais pour qui a connu les colères de Philippe Séguin, rien n'est impossible. Il aura des moments de doute, fraichement rallié à l'automne 2005, il se demande si le fillonisme est bien soluble dans le sarkozysme. Mais avec le futur président, il a en partage la conviction qu'il faut revenir à l'autorité, à une certaine idée de la france, qu'il faut réformer, faire bouger les choses. Vite et parfois brusquement. Et ça c'est nouveau chez lui. Sans doute Nicolas Sarkozy qui commence à déteindre. Voici donc le nouveau binôme executif Sarkozy/fillon, le feu et l'eau, le président et son premier ministre, mais quelle place pour ce premier ministre avec un président qui s'annonce déjà si actif, réactif, omniprésent ? "Il ne sera qu'un "super chef de cab" par tempérament et par fonction" grince déjà un des faux amis de François Fillon. A lui de démontrer le contraire, vite justement, car un premier ministre ne se crée jamais sa marge de manoeuvre que dans les premiers jours de sa fonction. Pour ce fan absolu de la série télé "24 heures chrono", il est temps de fendre l'armure et de se prendre pour le Jack Bauer de Matignon.

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