Alors, ce gouvernement ?

On le commente depuis hier soir, on multiplie les biographies, les CV pour se familiariser avec ces nouvelles personnalités… mais juger d’un gouvernement au moment de sa composition c’est simplement juger d’une vitrine ! Ça ne dit pas encore grand-chose de la façon dont marchera le magasin. Et la vitrine est plutôt belle mais elle est un peu trop remplie ! On remarquera que la parité est respectée, c’est la première fois ; que la diversité est présente, ce n’est pas la première fois, Nicolas Sarkozy en avait été l’initiateur en 2007. On remarquera aussi que les équilibres avec les partenaires politiques du PS sont savamment dosés. On ne détaillera pas le travail de dentelle sur les courants du PS et les places laissées aux proches de Martine Aubry ou Ségolène Royal, ça n’intéresserait pas grand monde. Soulignons juste le travail de synthèse, fruit de 10 ans à la tête du PS. Le souci de renouvellement est en revanche à saluer : beaucoup de nouveaux visages et pas mal de jeunes presqu’inconnus font leur entrée au gouvernement comme Fleur Pellerin aux PME et à l’économie numérique ou Pascal Canfin au développement ! Les ministères régaliens et économiques sont tenus par des personnalités solides et reconnues compétentes. Le caractère éruptif de Christiane Taubira à la Justice peut cependant nous réserver quelques surprises…Bref le tableau n’est pas mal du tout ! Sauf la taille du gouvernement ! Ce n’est pas le gouvernement resserré… Cette promesse n’est jamais tenue. Le gouvernement enfle toujours dans les derniers jours avant son annonce pour des raisons qui n’ont, bien sûr, rien à voir avec les besoins de l’administration ! Un président qui promet un gouvernement resserré est aussi crédible qu’un plombier qui vous assure qu’il sera là à l’heure ! Et là, en plus, quand le Président cède sur un homme il faut qu’il rajoute une femme ! La critique selon laquelle François Hollande n’aime pas trancher a trouvé là sa première justification !

François Hollande avait promis que son gouvernement en serait vraiment un… Alors la centralisation des décisions à l’Elysée, c'est fini ?

C’est le fameux « Moi Président, je ne m’occuperai pas de tout » ! C’est une promesse importante parce qu’elle touche à l’équilibre des pouvoirs. Le gouvernement est responsable devant le Parlement qui a pour mission de le contrôler. Si les ministres n’ont, en réalité pas de vraies responsabilités ni un minimum d’autonomie, s’ils ne sont que des faire-valoir du Président, il y a un dysfonctionnement parce que le Parlement ne contrôle pas l’Elysée. C’est ce qui était reproché à Nicolas Sarkozy. Nombre d’anciens ministres des gouvernements Fillon mais aussi certains responsables socialistes affirment que ce n’est pas seulement la personnalité et l’inclinaison hyperactives de Nicolas Sarkozy qui était responsable de ce que tout le monde a dénoncé : l’hyper-présidence, mais plutôt l’accélération du rythme politique et médiatique, dûe au quinquennat et à la transformation des médias. Les controverses incessantes, les polémiques à répétition, relayées et amplifiées par une nouvelle industrie de la communication qui s’en nourrit, forceraient l’exécutif à décider vite et à calmer les passions par des annonces répétées. La Cinquième République ne serait pas adaptée à ces mutations et, naturellement, par soucis d’efficacité, tout remontrait à l’Elysée, hors du contrôle d’un Parlement de toute façon trop faible. François Hollande ne pourrait pas y échapper. C’est à l’usage que l’on verra si cette théorie, qui exonère Nicolas Sarkozy est vraie. On sera vite fixé.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.