Ce matin : des législatives particulièrement atypiques et incertaines…

Oui, parce que toutes les habitudes électorales, tous les rapports codifiés, traditionnels entre différentes forces politiques, les accords de désistement pour favoriser un parti frèrs, bref tout ce qui faisait les blocs majoritaires ou d’opposition, n’ont plus cours.

C'est la premier fois qu'un parti n'est pas l'héritier d'une tradition

À gauche par exemple, Jean-Luc Mélenchon dit tout simplement qu’il veut remplacer le PS alors qu’avant, les communistes (qui étaient sur le segment de La France Insoumise) et les socialistes s’accordaient pour qu’au premier tour chacun ait sa chance et qu’au second, le moins bien placé (même s’il était en mesure de se maintenir) soutenait le mieux placé.

Ça ne se passera pas comme ça cette fois-ci, ça sera chacun pour sa peau. Et puis c’est la première fois qu’un parti (qui se veut de gouvernement) créé de toutes pièces, qui n’est pas l’héritier d’une tradition préexistante, se présente en position de l’emporter sur un créneau politique central. Personne ne peut savoir si les candidats En Marche !, et singulièrement les novices, feront le poids dans leurs circonscriptions face aux cadors enracinés des vieux partis et de leurs réseaux. Des vieux partis qui, eux-mêmes, se renouvellent profondément pour appliquer la loi sur le non cumul. Et ils sont nombreux, les élus Les Républicains ou du PS, à préférer leur mairie à l’Assemblée.

Et il y a l’inconnue de la dynamique Macron...

Oui, on ne sait pas si l’engouement qui monte, depuis l’élection et la passation de pouvoir pour Emmanuel Macron, est simplement celle d’un homme, de l’image avantageuse qu’il donne du pays, ou s’il y a, en profondeur, un début d’adhésion à la démarche politique de ce président –ne l’oublions pas- largement élu par défaut.

Si l’engouement est aussi politique, alors tout est possible, même une majorité absolue pour la République en marche, tant l’assise des partis classiques, en proie au doute, s’affaiblit. Le mode de scrutin, dans ces circonstances, renforce encore l’incertitude. Les législatives, c’est 577 petites présidentielles mais avec une différence de taille. Ce ne sont pas uniquement les deux premiers qui sont qualifiés. Peuvent se maintenir tous ceux qui ont totalisé plus de 12,5% des inscrits, c’est à dire, compte tenu de l’abstention, 21 ou 22%. Il y aura donc un certain nombre de triangulaires. Dans ce cas-là, il n’est pas besoin d’atteindre 50% le second dimanche, il suffit d’être en tête, et on peut être élu avec 28 ou 30%, ce qui peut permettre, selon la vague, au Front National de faire une entrer en force à l’Assemblée.

Seules La République en marche ou la droite peuvent remporter ces législatives

Mais à ce stade, seuls la République en marche ou la droite peuvent espérer une majorité en juin. Seul le parti présidentiel, pour l’instant, produit un effet d’attirance sur les autres mouvements et donc pourrait s’accommoder d’une majorité relative. Ainsi plusieurs futurs députés socialistes (même élus contre des macroniens) disent qu’ils soutiendront le président issu de leur camp. De même, plusieurs futurs députés de droite (même élus contre des candidats macroniens) affirment qu’ils voteront la confiance au 1er ministre issu de leur rang.

C’est à ce moment-là, au moment du discours de politique générale d’Edouard Philippe et du vote qui s’en suivra, fin juin, et pas avant, que nous pourrons (et le gouvernement avec) comprendre quelque chose aux contours de la majorité présidentielle.

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