Fallait-il interdire la manifestation de soutien aux Palestiniens à Paris ? Le droit régit l’autorisation de manifester. Le Conseil d’Etat n’a pas annulé cette interdiction. Elle est donc légale. C’est important de le souligner parce que trop d’activistes crient facilement à la dictature.

Manifestation interdite en soutien a la Palestine a Paris. Un groupe de policiers devant une poubelle brûlée.
Manifestation interdite en soutien a la Palestine a Paris. Un groupe de policiers devant une poubelle brûlée. © AFP / Xose Bouzas / Hans Lucas

Il faut dire que le ministre de l’Intérieur y met du sien… Ainsi l’arrestation, menotté, du militant pro-palestinien Bernard Heilbronn, à peine sorti d’un rendez-vous au Quai d’Orsay, produit une image dégradante de notre démocratie. 

Cette situation sous un gouvernement ouvertement de droite aurait, c’est sûr, provoqué, une réaction massive et indignée !

Revenons à l’interdiction de la manifestation…  

Cette interdiction soulève des questions sérieuses sur le rapport aux libertés d’un gouvernement qui s’affiche progressiste et libéral. Elle souligne une pratique autoritaire des rigueurs de loi. Certes, il y a la crainte compréhensible de voir importer sur notre sol (qui compte le plus de juifs et musulmans en Europe) un conflit communautaire. C’est aussi la crainte de la maire de Paris qui approuve l’interdiction. 

Mais la France s’est retrouvée, samedi, la seule démocratie à interdire (à Paris seulement) l’expression d’une indignation populaire. Et c’est précisément là où ça s’est mal passé !

Les arguments qui ont présidé à cette interdiction ne reposaient certes pas sur rien. Une précédente manifestation de 2014 avait été salie par des slogans antisémites. 

Mais un amalgame s’est installé dans le discours officiel, depuis quelques années, entre d’abord l’antisionisme et l’antisémitisme ! 

Ce n’est pas parce que l’antisionisme est parfois devenu, c’est vrai, le cache sexe d’un nouvel antisémitisme que contester la politique brutale de Benjamin Netanyahou serait une forme, au moins de complaisance, envers l’antisémitisme. Il y a un antisémitisme désastreux dans les banlieues françaises.

Est-il mieux combattu par l’interdiction de manifester contre la politique israélienne et la relative complaisance de Paris envers l’action du gouvernement israélien ?

Rien n’est moins sûr. 

Quand on interdit une manifestation, elle a quand même lieu et n’y participent que ceux qu’on ne voulait pas voir. On n’évite pas le trouble à l’ordre public mais on risque d’en induire de futur en nourrissant la radicalité et en décourageant les citoyens qui voulaient protester pacifiquement contre une injustice. Les manifestations autorisées à travers la France se sont bien passées d’un point de vue sécuritaire. 

Des horreurs y ont parfois été entendues, comme en ont été entendues pendant les manifestations contre le mariage pour tous, comme on peut en entendre contre la police dans tant manifestations.

Faut-il les interdire pour autant ?

Ne faut-il pas mieux tenter de noyer, sous la foule des manifestants sincères et pacifiques, les outrances des plus excités ?

Ce sont des questions difficiles mais qu’il faut continuer à poser parce qu’on ne peut pas se résoudre aussi facilement à voir la sphère des libertés publiques (dont celle de manifester) rognée par l’action conjuguée de militants extrémistes en quête de chaos permanent et d’un exécutif qui se laisse happer par la facilité autoritaire. 

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