Mais ne dites surtout pas à la gauche qu'elle vient à nouveau de remporter une victoire locale, elle ne sait qu'en faire. Ne dites pas à la droite qu'elle vient de subir une déculottée, elle s'entête à parler de "rééquilibrage"! Dites encore moins à François Bayrou qu'il a tout perdu, son pari stratégique et ses troupes, il vient d'annoncer comme au premier jour de la création qu'il s'agissait désormais de construire le Centre, comme si ce n'était pas à cette oeuvre là qu'il s'était attelé depuis maintenant quelques années. Les soirées électorales ont ce "je-ne-sais-quoi" de délicieux, qu'à les regarder, on ne peut deviner qui a gagné et qui a perdu. Ce je-ne-sais-quoi de désespérant qu'elles montrent des leaders nationaux sourds et aveugles aux messages envoyés par les électeurs. Qui a gagné ? Le parti socialiste, indiscutablement, qui ne s'est pas contenté de reprendre des villes perdues en 2001, mais qui est allé arracher quelques bastions historiques à la droite. Pour autant, les socialistes incarnent-ils désormais une alternative politique ? L'usure des sortants parfois, le dynamisme des candidats primo accédants aussi, conjugués au vote sanction ont bien produit une alchimie victorieuse. Mais aucun "rêve rose" ne s'est abattu sur la France. Cette alternance de vote a même quelque chose de pernicieux. Elle transforme peu à peu la gauche en syndicat d'élus locaux. A elle de prouver qu'elle peut être crédible aussi au niveau national, ce qu'elle avait échoué à faire après sa victoire aux régionales de 2004. Pour cela, il lui manque la bagatelle d'un projet nouveau et d'un leader incontesté. Bagatelle ! Pour le projet, il faudra attendre, tandis que la bataille pour le leader va être relancée dans les heures qui viennent. Ségolène Royal a rongé son frein, mais ça ne va pas durer, sauf qu'elle va trouver sur sa route quelques barons locaux renforcés par l'épreuve électorale, Bertrand Delanoë ou Martine Aubry. Alors qui a perdu ? Nicolas Sarkozy tout aussi indiscutablement. C'est le premier signe objectif de sa non infaillibilité depuis son irrésistible ascension en 2002. C'est même une sacrée raclée quoi qu'il en dise aujourd'hui. 10 mois de pouvoir, de "moi je", d'exposition personnelle permanente, 10 mois de réformes, et ce revers électoral. "Ce n'est pas pour ça que nous vous avons élu" semblent lui signifier les Français. Pour l'instant, la seule réponse de l'Elysée à ce cinglant soufflet semble tenir en un mot "ajustements". Ajustements au gouvernement, au Château, ajustements personnels, il parait que Nicolas Sarkozy a l'intention de se présidentialiser - mieux vaut tard que jamais - ajustements mais pas de changement de cap. C'est en cela que le scrutin d'hier reste local, et non national. Il "n'oblige" pas le président, il ne le conduit en aucune façon à une cohabitation. Il peut choisir de poursuivre sa politique, en l'ajustant simplement, même s'il est peu probable que cela suffise à renouer le fil de confiance qui a été rompu. Dans les perdants, petite consolation pour Nicolas Sarkozy, n'oublions pas François Bayrou. Son appel hier soir à construire le centre avait quelque chose d'un peu lunaire, car pour l'instant, il l'a surtout dissous le centre. Echec personnel à Pau, échec politique qui a conduit le Modem à passer des alliances illisibles et inefficaces. Que reste-t-il à François Bayrou de ses 18% de la présidentielle ? Une aura médiatique dont il a intérêt à user et abuser, car question stratégie, il va falloir tout repenser, question troupes, elles se comptent sur les doigts d'une main. Un seul espoir pour lui : l'éclatement du PS. L'espoir fait vivre, et François Bayrou continue de toute façon de croire en son destin personnel. Voilà, il y a bien des gagnants et des perdants au scrutin d'hier. Le seul problème, c'est que pour les premiers tout reste à faire et à construire, et que les autres préfèrent croire que ça ne change rien pour eux. Et après, on s'étonnera d'une participation électorale qui ne cesse de décliner.

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