Un nom d'oiseau volait assez bas hier dans le débat politique. « Rapace ». C'était le mot à la mode hier. Le débat politique fait, de temps en temps, émerger un mot, pendant un jour ou deux. Hier, donc, on se trairait de « rapace ». D'abord parce que François Chérèque, le parton de la CFDT, trouvait qu'Olivier Besancenot « se comportait un peu comme un rapace » en faisant le tour des usines en grève. Et puis Fréderic Lefebvre, le grognard sarkozyste, avait repris le mot « rapace » pour désigner Laurent Fabius qui disait redouter une révolte populaire. Des petites phrases, sans intérêt. C'est de la politique picrocholine pour reprendre le terme qu'utilisait Raymond Barre s'inspirant de Gargantua et de la guerre ridicule entre Pichrocole et Grandgousier ! Bref, cet échange de noms d'oiseaux, « rapace », « rapace toi-même », « c'est çui qui le dit qui y est », ne devrait pas sortir des colonnes de brèves des pages politiques et pourtant ! On peut en faire quelque chose : il faut prendre ces mots, comme étant l'écume du débat politique, les prendre comme un échantillon dans une pipette et analyser ce qu'ils nous disent de la politique française. Ils nous disent justement que nous avons, un problème avec le débat. Pourquoi traiter de rapace des militants dits anticapitalistes parce qu'ils vont à la sortie des usines en grève ? On a le droit de regretter qu'il existe encore des trotskistes en France mais il est étonnant de leur reprocher de militer devant des usines. Pourquoi traiter de rapace un ancien premier ministre qui s'inquiète de l'état de l'opinion et qui redoute des révoltes ! Mais il y a aussi un vrai débat : celui autour du bouclier fiscal. C'est vrai, c'est un débat mais, regardez comment il va tourner. Que se passe-t-il ? : Pierre Méhaignerie, le Président (UMP) de la commission des affaires sociales, propose que l'on mette entre parenthèses le bouclier fiscal pour les revenus supérieurs à 300.000 euros. On peut déjà deviner les commentaires pavloviens : « cacophonie à l'UMP », « division » alors que l'on devrait dire « débat » à l'UMP. Le bouclier fiscal a été imaginé, puis promis, puis mis en place par un candidat libéral devenu Président. Là encore, on a le droit de trouver cette idée mauvaise mais avant la crise, les Français ont voté en majorité pour son promoteur ! Aujourd'hui, tout a changé, le capitalisme est cul par dessus tête. On devrait donc pouvoir discuter sereinement de la pertinence du bouclier fiscal. La gauche veut un Mea culpa, que Nicolas Sarkozy vienne, en quelque sorte, faire repentance de son libéralisme passé. C'est de bonne guerre mais là encore, ça masque et empêche un vrai débat. Au moment du tournant de la rigueur, François Mitterrand n'a pas dit « je me suis trompé en nationalisant et en relançant l'économie par la consommation maintenant, on va faire le contraire ». Et pourtant, entre 81 et 83 il n'y avait pas eu de crise internationale bouleversant tous les repères. D'un autre côté, Fréderic Lefebvr (encore lui) dit que le bouclier fiscal est un principe. Donc, on ne peut pas transiger, entendez « pas de débat ». Un débat normal, sur le bouclier fiscal serait de pouvoir se poser simplement la question de l'opportunité de son maintien ou non en considérant que, le monde a changé, l'été dernier. Si le bouclier fiscal est d'essence purement sarkozyste, le fameux pragmatisme est censé l'être aussi. En réalité, le problème est là : les acteurs politiques et les commentateurs que nous sommes ont souvent tendance à confondre les conséquences politiques d'un débat avec le débat lui même.

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