10 ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois et les émeutes de 2005 la situation des banlieues reste explosive.

La société et les responsables politiques n’ont, à l’évidence, pas pris la mesure de la cassure. Ils n’ont pas été au rendez-vous. D’autres évènements nous en ont fourni la preuve, s’il en était besoin. Les attentats de Charlie et de l’Hyper Cacher. Non pas que les quartiers sensibles soient devenus le siège du terrorisme, non… le terrorisme, l’islamisme radical, ce qui créé les Kouachi ou les Coulibaly est, en fait, la rencontre d’un phénomène mondial et de ressors plus intimes et personnels. Non, ce ne sont pas directement les attentats de début janvier qui révèlent la persistance, et même l’aggravation, du délitement du tissu social français, mais plutôt la réaction disparate, le «nous ne sommes pas Charlie » implicite des quartiers. Le sentiment de relégation qui empêche toute une partie de la population française de véritablement se sentir concernée (ou au moins de l’exprimer) par les attaques contre Charlie et l’Hyper Cacher, est la preuveque 2005 n’a servi à Rien.

Pourtant il y a eu, après 2005, un ambitieux travail de rénovation urbaine. Le programme ENRU.

Oui, l’ENRU est efficace pour la rénovation des bâtiments mais il ne produit rien pour la rénovation du sentiment d’appartenance à la communauté nationale. L’ENRU n’a pas agi sur l’inégalité spatiale. Avec les mesures d’une politique dite de « peuplement », le gouvernement commence à peine à s’atteler à ce problème qui pourtant en génère tant d’autres. La mesure de ce qui s’est passé en 2005 n’a pas été prise, sinon nous n’en serions pas à nous demander aujourd’hui si le terme « apartheid », employé par Manuel Valls, est trop fort, légèrement exagéré ou tout à fait pertinent ! Sur un plan sécuritaire, les responsables de l’époque se gargarisent encore d’avoir évité (en dehors de Zyed et Bouna, bien sûr) toute victime pendant les émeutes… Mais le face à face, très musclé, d’une police surarmée, robocopisée, et d’une jeunesse pleine de rage a laissé des traces, une méfiance et une peur mutuelles plus pernicieuses et corrosives encore qu’un bilan humain. Pendant les dix années qui se sont écoulées, les services publics ont décru dans les quartiers, les associations ont vu leur moyens diminuer, les grands-frères se sont épuisés, les économies souterraines ont prospéré. L’islam politique et maternant remplace doucement les structures d’encadrement et de socialisation que furent les partis politiques (comme le PC), les associations, les clubs sportifs. Dans l’esprit de bien des politiques, même à gauche, l’urgence n’était plus aux quartiers (qui semblaient trop accaparer l’attention et les crédits depuis des décennies) mais aux territoires dits « oubliés de la République ». La concurrence des victimes de la crise, entre le périurbain, les déserts ruraux, et la banlieue a été rude. Mais le périurbain a un argument plus décisif aux yeux des politiques : il vote. Et d’ailleurs il s’apprête à voter FN!

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