La gauche se suicide à coup d’excommunications !

Oui, pendant tout le quinquennat les frondeurs ont combattu François Hollande qui, disaient-ils, trahissait la gauche. Ils prétendaient être les vrais détenteurs des reliques de saint Jaurès, saint Blum et saint Mitterrand ! François Hollande et Manuel Valls étaient excommuniés, par eux, chaque jour à l’Assemblée. Aujourd’hui, c’est Manuel Valls qui, en reniant sa signature, en refusant de soutenir le vainqueur de la primaire qu’il a perdu, devient le père la vertu du socialisme responsable ou de gouvernement. A son tour, il excommunie Benoit Hamon qui ne peut pas, selon lui, avec son programme échevelé, être social-démocrate au non de saint Rocard, ni crédible au regard de saint Mendes-France, ni même accéder au rang d’homme d’Etat selon les préceptes de saint Clémenceau. Le plus vindicatif des moines soldats du socialisme c’est Jean-Luc Mélenchon qui use et abuse du vocabulaire de l’hérésie diabolique à propos tous ceux qui auront voté le moindre amendement gouvernemental pendant ces 5 ans ou simplement auraient souri à Myriam El Kohmri, personnification de Judas pour la gauche de la gauche. Quant au diable lui-même, c’est Emmanuel Macron ! Cette façon de procéder par excommunication peut être le signe de la fin du socialisme démocratique ou, au moins, le signe que cette élection est définitivement perdue pour la gauche… au bénéfice d’Emmanuel Macron qui a décidé de lui même d’être schismatique en embrassant la religion cousine du « progressisme » qui reste, néanmoins à définir…

Parmi tous ces gardiens de reliques, qui sont les vrais héritiers du socialisme démocratique ?

Tous ! Et plutôt que de s’excommunier, ils devraient se demander, comment adapter leur gauche au monde d’aujourd’hui. Ils le font d’ailleurs ! Mais chacun dans leur coin, les uns contre les autres ! En y intégrant la dimension écologique (Mélenchon et Hamon), en essayant de repenser le travail (Hamon), en réfléchissant à cette notion « d’égalité réelle » versus « égalité formelle » (Macron). Dans les années 70 et 80, la gauche qui aspirait à gouverner allait de Georges Marchais pour le PCF à Robert Fabre pour les Radicaux de gauche. Ils débattaient, se déchiraient, élaboraient des programmes commun, les rompaient aussi mais, il ne serait pas venu à l’idée du véhément Georges Marchais de considérer que le placide Robert Fabre n’était pas de gauche ! Et ça remonte à loin : en 1900 Jean Jaurès et Jules Guesde se confrontaient sur le rapport entre République et socialisme, on appelait ça la « la guerre des deux méthodes » mais chacun considérait l’autre comme socialiste. Dans le volontarisme et le républicanisme de JL Mélenchon il y a du Clemenceau. Chez Benoit Hamon qui combat l’idée de l’homme providentiel omnipotent et qui prône une société de compromis, il y a plus de social-démocratie nordique que dans l’autoritarisme de Manuel Valls. Dans la vision très ouverte et expérimentale de l’éducation selon Emmanuel Macron, il y de la deuxième gauche quasi PSU ! Qu’est-ce qu’être de gauche aujourd’hui ? A cette question qui taraude ceux qui se sentent héritiers de cette tradition, toutes les réponses sectaires ou qui excommunient, concourent à la victoire culturelle de leurs adversaires : la droite et l’extrême-droite.

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