Ce matin, le débat au Parlement de la Loi Climat et résilience…

Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique dans le gouvernement Castex, s'apprête à prendre la parole au Parlement (janvier 2021)
Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique dans le gouvernement Castex, s'apprête à prendre la parole au Parlement (janvier 2021) © AFP / Xose Bouzas / Hans Lucas

Pour souligner une normalité désolante : personne, lors de ce débat, ne changera d’avis ! Ce n’est donc qu’un débat de posture

C’est le lot de notre système parlementaire atrophié, me direz-vous. Ce que Michel Debré, le rédacteur de la constitution, appelait, par un cynique euphémisme, le ‘parlementarisme rationalisé. Entendez ‘écrasé’. L’exécutif ayant la main sur l’ordre du jour, les présidents de l’Assemblée et du groupe majoritaire étant, avant tout, des fidèles du chef de l’Etat, ayant pour mission (surtout à l’approche de la fin du mandat) de le renforcer, la chambre (comme on disait avant) est, pour chaque force politique, non pas le lieu de fabrication du droit mais le lieu d’affirmation de sa singularité. 

Dans la configuration actuelle, c’est encore pire ! Presque mécanique ! Les oppositions, polarisées de chaque côté du bloc majoritaire central surdimensionné, sont faibles et cherchent, surtout par leur surenchère, à obtenir le brevet de premier opposant. 

Individuellement, les députés de la majorité, sur l’écologie, ne savent pas trop quelle position tenir, parce que ce sujet n’était pas central, lors de la genèse du macronisme. Donc les seuls débats ont lieu à l’intérieur du groupe majoritaire. Mais en sourdine. Et à la fin, ce sera Emmanuel Macron qui décidera. 

Pour la gauche et les écologistes, le gouvernement n’en fera jamais assez, pour la droite, toujours trop, ce qui ne confère pas pour autant à la majorité un brevet de juste équilibre. Les débats n’ont pas lieu à l’assemblée, seulement leur cristallisation.   

Comme d’habitude, quoi…  

Oui mais là, ça saute aux yeux parce que sur ces sujets nouveaux, la population est en transition, sans certitudes et plutôt l’esprit ouvert. Le parlement devrait refléter cette réflexion en marche ! D’ailleurs lors de la Convention citoyenne sur le climat, 78% des conventionnels (sans soucis de posture) déclaraient avoir changé d’avis en débattant, preuve d’une vraie délibération. 

Les députés auraient dû pouvoir se saisir de ce travail brut pour en faire un vrai tri, eux-mêmes, le rendre juridiquement solide, socialement acceptable grâce à des compromis, comme cela se passe dans les démocraties parlementaires. 

Seuls les textes sociétaux, qui font appel aux convictions intimes, à la conscience hors des grilles de lecture idéologiques, permettent, en France, des dépassements partisans : peine de mort, avortement, mariage pour tous et, espérons-le, bientôt fin de vie. 

Pour effectuer la transition écologique (il y a quand même un monde à inventer !), on aurait pu espérer plus d’ouverture d’esprit de chaque groupe, de la délibération (osons ce gros mot)  des ‘convergences’. L’esprit de coalition est sans doute moins romantique que notre goût révolutionnaire du tout ou rien, mais au moins dans les systèmes où le compromis n’est pas honteux (même les compromis avec des arrière-pensées politiciennes), les projets sont débattus, évoluent vraiment parce que l’idée, c’est de chercher ce qui peut réunir pour fabriquer de la norme acceptable et praticable plutôt que ce qui divise pour fabriquer de  l’identité politique. 

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