Il était logique et courant, au congrès du PS ce week-end à Reims, de faire des commentaires moqueurs ou désabusés sur les socialistes. Après tout, puisque les idées doivent être incarnées, la compétition, même âpre est inévitable. Et puis, alors que le pire était annoncé, le pire est arrivé. Le parti socialiste s'est déchiré, sans même le brio et l'éloquence que l'on peut attendre des belles joutes. En fait, le PS a trois problèmes qui ruinent son image. Le premier problème, c'est les règles par lesquelles il est régi. Le 6 novembre, les militants ont voté au scrutin proportionnel pour les motions. Le 20 ils vont élire leur chef au scrutin uninominal à deux tours. C'est-à-dire que le 6 c'était de la IVème République et le 20 se sera de la Vème. Un truc hybride qui divise avant le congrès et antagonise pendant. Deuxième problème, la survivance d'une pesanteur, d'un lest handicapant : les haines recuites, les égos hypertrophiés des leaders d'un monde à part, le monde de l'empêchement permanant : la Jospinie ! De l'extérieur, les portes qui claquent, les tromperies, les réconciliations, les trahisons pourraient faire penser à du Labiche qui finirait par des embrassades à Folleville ; mais dans les placards, ce ne sont pas les amants qui se cachent, ce sont des cadavres, cramoisis depuis le congrès de Rennes, les législatives de 93, les européennes de 94 ainsi de suite... Ce n'est pas du Labiche c'est de la tragédie écrite dans une mauvaise prose ! Les deux motions plus ou moins issues du jospinisme, celle de Martine Aubry et celle de Bertrand Delanoë, partagent la même conception du parti. Ils n'ont pas réussi à s'entendre parce que chacun préfère son propre échec à la réussite l'autre. Ces gens, plutôt, bien élevés dans le civil, polis, propres sur eux, bon gestionnaires dans leurs villes, deviennent des monstres d'égos dans le huis-clos de ce cénacle socialiste. Il devient évident que ce parti a besoin de saut générationnelle d'urgence qui plaide pour Benoit Hamon ! Après tout, ces quinquagénaires avancés ont du travail dans leurs grandes villes respectives. D'ailleurs, n'avaient-ils pas promis à leurs électeurs qu'ils s'y consacreraient ? Troisième problème, Ségolène Royal. Ségolène Royal va sûrement gagner. Sa victoire annoncée entrainera, certes, une forme de renouvellement puisqu'elle est entourée de nombreux jeunes responsables plutôt talentueux, mais, pour l'instant, Ségolène Royal (qui n'a pas su réunir ce week-end) reste un problème chez les socialistes parce qu'ils sont beaucoup, même parmi ses proches, à être décontenancés par son style. Un exemple qui peut paraître dérisoire mais qui en dit long : Ségolène Royal a conclu l'un de ses discours aux accents un peu religieux par cette prophétie d'un lyrisme qui parait exotique au PS : « nous rallumerons tous les soleils, toutes les étoiles du ciel ». Incompréhension et ricanements parmi les dirigeants du parti et chez les journalistes ! Hé bien -et c'est aussi notre inculture qui est an cause- il se trouve que cette phrase qui paraissait nian-nian, c'est du Jaurès. Voilà le problème de Ségolène Royal, quand elle cite du Jaurès, ça sonne comme du Barbelivien ! Si, pour beaucoup de socialistes, Ségolène Royal n'est pas à la hauteur pour battre Nicolas Sarkozy, au moins -c'est ce qu'on dit pour rassurer dans ces cas là- au moins elle a une marge de progression, et ce n'est pas qu'une boutade. L'exemple vient de Nicolas Sarkozy. Il y a quelques années, le maire de Neuilly exaspérait quasiment tout le monde au RPR avec son ambition trop voyante, il ne brillait pas pour la profondeur de sa culture ou la constance de ses analyses, mais il était le plus travailleur et surtout le plus affamé de pouvoir ! Aujourd'hui, c'est bien Ségolène Royal qui a ce profil à gauche. Voilà, c'est tout ce que j'ai trouvé comme note d'espoir pour eux ce matin !

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