L’accord verts/PS : hier ça avait l’air réglé, en réalité ça ne l’est pas.

Non, et cette affaire est à mettre très haut dans la catégorie des ratages politiques… de campagne. Il faut, pour bien comprendre la portée de ce gâchis retentissant, se livrer à une étude de texte. L’accord comprenait un paragraphe qui évoquait la reconversion de la filière du retraitement et de fabrication du MOX. Le mox est un combustible pour centrale nucléaire qui est utilisé dans une vingtaine de réacteurs en France. Et pour faire fonctionner à plein l’EPR de Flamanville, il faudra du MOX. Or l’accord stipule que le chantier de l’EPR se poursuit. François Hollande l’avait dit a maintes reprises, pas question d’arrêter le chantier de l’EPR sauf en cas de danger avéré. L’EPR, qui constitue une nouvelle génération de réacteur était même devenu un argument efficace pour accompagner le passage de 75% de la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% en 2025. On fermerait d’anciennes centrales ayant dépassé l’âge limite mais l’EPR, tout neuf, prendrait une part du relais pour assurer la production pendant les démantèlements. Donc, en toute logique on ne peut pas dire, à la fois que l’on garde l’EPR et que l’on veut s’engager vers la reconversion de la filière MOX. Les socialistes qui se sont aperçus de cette contradiction pendant la réunion de leur bureau exécutif mardi soir ont biffé le paragraphe en question.

Comment cet accord a-t-il pu contenir une telle contradiction technique ?

Les écologistes ont une explication. Ils affirment que le Mox, réputé plus dangereux, n’est pas indispensable à l’EPR. L’EPR pourrait très bien marcher sans le MOX, avec de l’uranium enrichi classique… seulement ça le rendrait moins performant. L’EPR perdrait donc de son intérêt. Les écologistes ont-ils voulu récupérer par l’abandon du mox ce qu’ils n’avaient pas réussi à obtenir sur l’EPR ? En réalité, ces questions sont techniquement très complexes et économiquement extrêmes, délicates, parce que derrière la fabrication du mox et son retraitement, il y a des emplois et des intérêts. Pour traiter de ces sujets dans le cadre d’un accord politique il faut des compétences et des expertises particulières. L’effet politique est désastreux. Paradoxalement François Hollande a plutôt fait preuve de fermeté, sur cette question en imposant l’EPR et le MOX, même contre le texte initialement négocié. Les écologistes aussi auront beau jeu de dire qu’il se sera rangé à l’avis d’Areva et du lobby nucléaire. Le résultat est là : affligeant et ridicule à la fois, le bureau national du PS vient d’approuver un texte… et de leur coté, les écologistes s’apprêtent à faire avaliser un autre texte par leur conseil fédéral ! Le mieux qu’il puisse arriver pour le PS et pour les écologistes, c’est que les membres du conseil fédéral d’Europe-Ecologie-Les-verts n’approuvent pas ce texte… tout serait alors à recommencer. Et l’on conseillera aux socialistes de venir avec leur ingénieurs (ils en ont certainement de très bons) pour négocier la partie nucléaire. Les politiques se contenteront de parler des circonscriptions… si possible dans un autre texte ! Disons, si l’on veut tenter de trouver un aspect positif à cette bourde monumentale, disons que, heureusement pour le PS cet épisode arrive à six mois des élections et pas quelques semaines avant… Souvenez-vous : c’est exactement le seul argument positif que l’on avait trouvé, en mai dernier quand éclatait l’affaire du Sofitel… toutes proportions gardées bien sûr !

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