Vous revenez sur le revirement de Nicolas Sarkozy à propos de la loi Taubira.

Un revirement opéré sous pression partisane, comme vous venez de le montrer. Même si l’UMP est sans doute aujourd’hui le premier parti de France, (260.000 militants selon l’étiage haut), ce n’est absolument rien au regard de la réalité politique du pays, et ni d’ailleurs de l’électorat de droite et du centre. Or, Nicolas Sarkozy ne s’adressait même pas aux militants de l’UMP, mais à une petite fraction d'entre eux très active, représentant quelques 5000 adhérents sous la bannière de Sens commun, émanation de la Manif pour tous. En réalité, en choisissant de revenir par le biais d’une élection interne, l’homme d’Etat se retrouve en porte-à-faux avec l’homme d’appareil. D’autant que, selon les études d’opinion, les sympathisants de droite semblent évoluer assez rapidement en faveur du mariage homosexuel. C’est un classique. Après l’instauration du droit de vote des femmes ou la dépénalisation de l’avortement, l’opinion a toujours évolué dans le sens de l’acceptation. Et cela très rapidement.

Pareil après l’adoption du PACS en 1999!

Bien sûr et d’ailleurs, Nicolas Sarkozy, après s’y être opposé, voulait aller plus loin en 2007 en instaurant un contrat d’union civile. Ça ne s’est pas fait. Aujourd’hui, même l’idée de l’adoption par les couples homosexuels progresse à droite. Tout se passe comme si Nicolas Sarkozy se sentait obligé d’adapter son discours, non pas à ses convictions, mais au gré de ce qu’il pense le plus utile pour faire un score de maréchal à la tête de l’UMP. Bruno Le Maire dénonçait, hier sur France 2, un discours de clientèle. Il avait raison, même si cette critique aurait pu s’appliquer à lui-même sur la question des conditions de ressources pour les allocations familiales. Il était pour en 2012, il est contre depuis qu’il est candidat à la tête de son parti. Beaucoup de responsables de l’UMP vous disent, tout naturellement, en privé : « n’écoutez pas Sarkozy en ce moment, il ne dit pas ce qu’il pense, il ne s’adresse qu’aux militants UMP ». Toute la crise du politique se trouve dans cette réflexion. Quand Nicolas Sarkozy sera à la tête de son parti, il faudra qu’il s’adresse à toute la droite et au centre, puis à toute la France. Il deviendra alors beaucoup plus conciliant envers le mariage homosexuel. Il faudrait peut-être que Nicolas Sarkozy s’aperçoive que l’on est au XXIème siècle… vous savez le siècle d’Internet et du tout-info, le siècle où il n’est plus possible de tenir des propos spécifiques, pour chaque auditoire, le siècle où l’on s’adresse à tous, même quand on est simplement devant certains... le monde d’Internet et du tout-info a beaucoup de défauts mais il a un avantage. Il impose aux hommes politiques un minimum de cohérence dans leur parole publique. De ce point de vue, Hervé Mariton, sous ses faux airs vieillots de prof de langue morte, est, paradoxalement, beaucoup plus moderne que Nicolas Sarkozy, sinon dans ses choix idéologiques, du moins dans sa façon de faire de la politique et par la cohérence et l’honnêteté de son discours.

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