Les sondages et la spécificité de la primaire

Oui, nous sommes addict et il faudrait que chaque sondage soit accompagné, à la manière du « fumer tue » des paquets de cigarettes, d’un « sonder trompe ». En fait, il ne faut pas regarder le chiffre mais la tendance, plus sûre. D’ailleurs si institutionnellement Donald Trump a gagné, il a bien perdu le vote populaire comme l’indiquaient les sondages. Pour les primaires, c’est plus compliqué. Là, la vérité sondagiaire est encore plus éphémère et fragile. Personne ne sait si ceux qui disent vouloir voter iront vraiment. Et puis dans un même camp, on peut changer d’avis du jour au lendemain. Mais les sondages ont une grande influence (la primaire étant une sélection plus qu’une élection), parce qu’ils sont le seul instrument à l’aspect rationnel dont dispose l’électeur.

Mais l’électeur de la primaire peut très bien voter d’abord par conviction, non ?

Oui, bien sûr. Il choisira un candidat, un programme qui lui plait, ou (c’est aussi affaire de conviction) il décidera de voter contre un candidat qu’il rejette. Mais pour arbitrer entre l’adhésion ou le rejet, l’électeur a besoin de savoir ce que pèse chaque candidat et quel est l’ordre d’arrivée probable. Le problème, c’est qu’une fois la campagne bien lancée, les sondeurs en arrivent à mesurer – notez l’absurdité- des intentions de vote de gens qui se sont décidés sur des sondages ! On se plaint souvent des hommes politiques qui agissent plus par stratégie que par conviction, voilà maintenant que l’on s’aperçoit que les électeurs se déterminent aussi par stratégie… En fait, stratégie et conviction ne sont pas forcément incompatibles. Il faut juste savoir quel est celui des deux qui est au service de l’autre! Ça peut paraitre paradoxal mais oui…le sondage peut favoriser le vote de conviction… suivez bien : grâce aux sondages qui ont créé dans l’opinion la quasi-certitude qu’Alain Juppé allait gagner, François Fillon se voit renforcé. Le choix stratégique d’une partie des électeurs de droite, qui ne voulaient plus voir N.Sarkozy, et qui étaient donc décidés à voter A.Juppé, pensent pouvoir finalement (grâce aux sondages qui donnent le maire de bordeaux gagnant à coup presque sûr) opter, sans risque, pour un vote de conviction au profit de François Fillon. Mais du coup, ça fait baisser Juppé ! Jusqu’ici, Alain Juppé devait-il ses sondages flatteurs pour la primaire à son programme, à sa personnalité, ou au fait qu’il est régulièrement placé en tête du 1ertour de la présidentielle ? Le simple fait qu’il baisse dans les sondages au moment même où le match a l’air plié en sa faveur tend à prouver qu’un grand nombre de ses électeurs potentiels veulent se servir de lui, d’abord pour se débarrasser de Nicolas Sarkozy, ensuite pour faire front face à Marine Le Pen. Toutes ces influences contradictoires et entremêlées donnent le tournis… Après cette démonstration censée éclairer l’auditeur, j’avoue ne pas savoir si les sondages sont positifs ou négatifs pour la bonne qualité de la démocratie… Les interdire ou les cacher serait, en revanche, certainement source de plus grandes « intoxes » et manipulations.

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