Et voilà que revient l’idée du vote par correspondance…

Deux évènements remettent cette vieille idée en scène : la Covid et l’incroyable participation aux Etats-Unis. En France, elle avait été abandonnée en 1975 à la suite de plusieurs irrégularités rocambolesques, surtout en Corse, notamment du fait du parti bonapartiste. Les fameux morts votants. 

Il est réapparu pour les Français de l’étranger en 2017 mais la part du vote par correspondance n’a été que de 3-4%... et 25% des bulletins arrivés par la poste ont été invalidés. Ce n’était visiblement pas au point. 

L’idée est revenue en réalité pour le second tour décalé des municipales en juin dernier à cause de la Covid

Christophe Castaner, alors à l’intérieur, ne s’y était pas opposé mais c’était matériellement trop tard et il aurait quand même fallu prendre le temps d’en débattre. Devant la constante décrue de la participation (et avec l’impressionnant exemple américain), la question se pose pour les prochaines régionales et départementales, et pourquoi pas pour la présidentielle et les législatives de 2022. 

Cette question divise tous les partis. 

La majorité elle-même. A l’Elysée, on serait plutôt pour. François Bayrou y est aussi favorable et l’actuel ministre de l’Intérieur, Gerald Darmanin, est farouchement contre. Il l’a d’ailleurs fait savoir dans un communiqué avant-hier qui semblait vouloir fermer le débat. Mais celui-ci est lancé et ne se refermera pas de sitôt. 

Les arguments pour sont évidents. Quels sont les arguments contre ? 

Le risque de triche, bien sûr, mais outre les Etats-Unis, d’autres pays très démocratiques comme l’Allemagne pratiquent le vote par correspondance sans problèmes. Et puis on ne peut pas blâmer l’attitude irrationnelle de Donald Trump là-bas et craindre outre mesure la fraude ici ! 

Gérald Darmanin formule aussi la crainte que se développe un vote communautaire ou familiale, que des personnes faibles ou sous influence, dans le secret de leur foyer, se soumettent à l’injonction de l’homme de la famille ou du leader d’une communauté. Mais ce risque existe déjà puisque l’on reçoit les bulletins chez soi et l’on peut préparer son enveloppe à la maison. Et puis le vote communautaire, longtemps craint, ne se vérifie jamais au fil des scrutins…  C’est aussi au nom du vote sous influence (par exemple de l’église) qu’une partie de la gauche s’opposait au droit de vote des femmes dans les années 1930… 

D’autre part, la crainte logistique ne tient pas… On imagine que la Poste (qui achemine des milliards de lettres par an) saura acheminer des millions de bulletins de façon satisfaisante. Mais il ne faut pas que ce débat cache l’essentiel : ce qui fera revenir les électeurs aux urnes c’est soit une polarisation extrême du débat politique, comme aux Etats-Unis (c’est peu souhaitable), soit le retour de la confiance des citoyens dans le monde politique et un débat qui, enfin, permette de voter POUR et non pas toujours CONTRE ! Mais le cachet de la Poste ne suffira pas à faire foi en la politique. 

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