Journée de mobilisation contre la réforme des régimes spéciaux de retraite demain. Nicolas Sarkozy s'apprête à affronter sa première épreuve sociale. Et il s'y prépare selon une stratégie très précise : on dramatise tout en banalisant le mouvement social, et on respecte l'adversaire. Et ça, c'est peut-être ce qui change par rapport à 95. Déminer donc d'abord, cela signifie que les ministres s'essaient depuis plusieurs jours à expliquer aux Français que ça va être chaud demain, très chaud, et qu'en plus la fameuse loi sur le service minimum n'est toujours pas opérante. Le premier ministre, le ministre du travail, le porte parole de l'Elysée et celui du gouvernement se relaient dans les media pour faire de l'alerte sociale : "Attention,la France va être paralysée". Double avantage d'une telle dramatisation : si la grève est effectivement massivement suivie, le gouvernement pourra toujours dire "c'est bien ce qu'on vous avait dit", si elle devait l'être un peu moins, ça s'apparenterait à une mini victoire - ça s'appelle de la communication de précaution. On démine, mais surtout on respecte. Contrairement à 95, Nicolas Sarkozy a compris qu'il était fort peu adroit de stigmatiser cheminots et autres marins. Il ne cesse de répéter aux futures "victimes" de la réforme "vous n'êtes pas des nantis". Le but, c'est évidemment d'empêcher les intéressés de s'ériger en martyres, et d'acquérir à leur cause, une majorité de Français. Car en fait, le gouvernement a surtout l'oeil rivé sur le compteur geiger de l'opinion publique. Il a mis en place depuis 4 mois un outil de surveillance, un sondage hebdomadaire qui pose toujours les mêmes questions autour des régimes spéciaux. Alors juste, pas juste cette réforme ? Depuis 4 mois, et bien c'est l'encéphalogramme plat assure-t-on côté gouvernement. Les Français soutiennent majoritairement la réforme et ils n'en démordent pas, même à l'approche de cette journée de mobilisation. Ce matin d'ailleurs, les sondages parus dans la presse vont tous dans le même sens. Jamais un mouvement social n'a même été aussi peu soutenu par l'opinion publique. Alors le scénario noir de 95, noir pour le gouvernement en place, est-il totalement à exclure au motif que l'histoire ne saurait se répéter ? De fait, la position de Nicolas Sarkozy n'est pas celle d'Alain Juppé. Lui est cohérent par rapport à ses engagements électoraux, quand la réforme Juppé apparaissait comme un reniement de la campagne de Jacques Chirac. Le président et son gouvernement restent très populaires. L'opinion publique a certainement évolué sur la question, elle a déjà "subi" depuis la réforme Fillon sur le régime général. Enfin dernière différence notable, l'opposition fait preuve aujourd'hui d'un silence assourdissant sur la question. Le PS est certes ravi de la grève car c'est le premier caillou dans la chaussure du président, mais enfin, on ne peut pas dire qu'il développe un discours alternatif. Pour autant, demain n'est pas un jeudi noir anodin pour Nicolas Sarkozy, même si le mot d'ordre reste NO STRESS. L'économie française va mal, le choc de confiance qu'il a décrété, sous réserve qu'il existe, ne suffira certainement pas à la faire re démarrer. Et pendant ce temps là, et bien les Français qui avaient voté pour lui pour que ça change vite, commencent à se demander s'ils n'ont pas été un peu "entourloupés". Dès qu'un mouvement social démarre, il y a un risque reconnait-on au gouvernement. Risque d'agrégat des mécontentements. Sans le dire, il se prépare donc déjà au coup d'après. Si la grêve dans les transports par exemple devait perdurer, il a dans l'idée de réclamer à la RATP et à la SNCF notamment, un remboursement des jours de transports perdus pour les usagers. Histoire de garder avec soi, toujours, toujours, l'opinion publique. Sondeurs et autres analystes de la température sociale devraient faire de grasses affaires dans les jours à venir.

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