Nicolas Sarkozy se rendra demain à Camp David aux Etats-Unis. Il rencontrera George Bush pour parler d’un prochain G8 élargi consacré à la crise. Et même, si l’on en croit le Président, le G8 sera consacré à la refonte –rien de moins– du capitalisme. Alors on savait que Nicolas Sarkozy admirait Tony Blair, qui a su radicalement changer, « refonder » le travaillisme en Angleterre. Nicolas Sarkozy entend faire avec le capitalisme ce que Tony Blair a fait avec le travaillisme, mais (toujours plus fort) au niveau mondial. Alors que nos auditeurs de gauche ne se réjouissent pas trop vite, ce n’est pas parce que le Président a cité Blum et Jaurès pendant sa campagne, ou qu’il a épousé une femme de gauche et qu’il affirme vouloir réglementer le capitalisme, qu’il se présentera devant George Bush avec un T-shirt du Che ! Que nos auditeurs de droite se rassurent, Nicolas Sarkozy va simplement (mais c’est une tâche immense) tenter de vendre un libéralisme régulé, disons « à la française » au reste du monde. Et il n’est pas le plus mal placé pour faire ce travail. Il serait facile de se moquer de la droite à la faveur de cette crise mais en réalité, comme le dit Edouard Balladur dans « Les Echos » d’hier, la droite française n’a pas à réviser sa doctrine, elle a simplement à l’appliquer puisqu’au regard de l’idéologie dominante sur la planète, elle est beaucoup plus dirigiste que bien des gauches libérales européennes par exemple. La droite française n’est donc pas libérale, elle est capitaliste mais pas libérale. De temps en temps, surtout après une période dans l’opposition, elle dérégule un peu, elle privatise. Mais au total, elle ne se prive jamais des puissants leviers de notre Etat centralisé pour mener une politique plus ou moins volontariste et –fondamentalement- elle ne remet pas en cause le fameux modèle français. Le politologue René Rémond distinguait trois familles dans la droite française : la légitimiste, l’orléaniste et la bonapartiste. La première famille a disparu et l’UMP d’aujourd’hui est un mélange d’orléanisme et de bonapartisme, de libéralisme régulé et d’étatisme tempéré. En fait, la droite française adore faire semblant d’être libérale surtout dans l’opposition. En 1995, Nicolas Sarkozy qui soutenait Edouard Balladur, était classé plus libéral que ses meilleurs ennemis chiraquiens. Jacques Chirac, lui, avec le thème de la fracture sociale, se rangeait dans la tradition du bonapartisme ou du gaullisme social. A l’inverse, 15 ans plus tôt, Jacques Chirac, pendant la campagne de 81, fasciné par Margareth Thatcher, accusait Valery Giscard d’Estaing de faire sombrer la France dans un « collectivisme rampant ». Finalement, en tronquant un peu le mot de François 1er qui n’avait pas lu René Rémond, on peut dire qu’en France, c’est vrai, « souvent droite varie et bien fol qui s’y fie ». Mais, quand même, à l’usage, elle n’est pas très libérale ! Nicolas Sarkozy veut refonder le capitalisme mondial. C’est sans doute un peu présomptueux mais c’est le moment d’essayer. Le capitalisme financier mondial largement dominé par le modèle anglo-saxon a du plomb dans l’aile, il est démasqué. Le Président américain est très affaiblie, c’est le moment de discuter avec lui. Avec un peu de chance, celui qui lui succédera sera idéologiquement plus proche de l’Europe que les républicains. La France est à la manœuvre jusqu’en janvier à la tête de l’union européenne, un français dirige le FMI. Alors si la vision française du capitalisme a une chance de rayonner un tant soi peu c’est maintenant et ça ne risque pas de durer. Nicolas Sarkozy a donc bien raison de pousser à fond les feux pour profiter de l’opportunité.

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