L’affaire de la jeune Leonarda enflamme la gauche…

Oui et c’est bien normal parce que, si l’on se réfère au principe de la sanctuarisation de l’école, l’arrestation de Leonarda n’aurait pas dû se dérouler ainsi… le problème c’est que lorsqu’on on dit « qu’elle n’aurait pas dû se dérouler ainsi », ça ne veut pas dire qu’elle n’aurait pas dû se dérouler !… La famille de l’adolescente ne remplissait pas, du point de vue des autorités, les critères pour obtenir des papiers. Les protestations en provenance du PS, (qui ne propose pas de changer les règles de régularisation) ne peuvent donc porter que sur la brutalité de l’interpellation dans le cadre d’une sortie scolaire. La question politique est, dès lors, la suivante : cette bavure est-elle due à la pression exercée par Beauvau pour faire du chiffre ? Est-ce que les propos très fermes de Manuel Valls créent une ambiance sécuritaire à outrance propre à entraîner des dérapages ? Ou bien est-ce que, dès lors que l’on assume l’idée qu’il faut expulser les immigrés sans papier (et c’est la position de François Hollande), alors on assume le minimum de violence légitime qui va avec… et l’on prend le risque des bavures qui sont inhérentes à l’application d’une loi coercitive ?

Manuel Valls dit refuser la politique du chiffre pratiquée par Nicolas Sarkozy !

Oui mais en même temps il dit qu’il y aura autant d’expulsions et de régularisations que l’année dernière… En réalité, tout à son souci de prouver que la gauche peut être à la fois ferme et juste, Manuel Valls en est arrivé, sur les Roms, à déraper en parlant de leur « mode de vie » incompatible avec l’intégration en France. Ces propos seront réutilisés contre lui pendant longtemps, réinterprétés, instrumentalisés… comme la phrase de Michel Rocard « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » que l’on cite en oubliant la suite « mais elle doit en prendre sa part »… Sur ces questions, il y a les discours et il y a les actes… Et si la gauche et la droite s’écharpent joyeusement sur ce sujet depuis toujours, elles agissent, en fait, de la même façon depuis que le PS a renoncé aux régularisations massives avec Lionel Jospin à Matignon. Pendant la dernière année du gouvernement Jospin, il y a eu entre 15.000 et 20.000 expulsions. Mais il n’y avait pas encore les 8 ou 9000 expulsions de Roumains qui faisaient gonfler les chiffres de Nicolas Sarkozy. Sur un total assez flou de clandestins, qui va de 200.000 à 400.000, les 30.000 expulsions de la fin de l’ère Sarkozy sont, en fait comparables aux chiffres de Jospin. Quand, en 2009, Martine Aubry parlait de régularisation « large » ou soutenait des parrainages de sans papiers, Nicolas Sarkozy, lui, répondait que c’était irresponsable. Ce n’était pas forcément insincère mais c’était, en grande partie, un théâtre d’ombre puisqu’aucun d’eux ne remettait en causes les critères de régularisations fixés par la loi...depuis Chevènement ! Nicolas Sarkozy avait certes supprimé la régularisation automatique au bout de 10 ans mais les régularisations dites « au fil de l’eau », c'est à dire hors critères, compensaient quasiment l’effet des 10 ans. Le clivage était beaucoup plus sémantique que politique. Il correspondait plus à un affichage destiné à des électeurs différents qu’a la réalité de l’action. Le mérite de Manuel Valls (que l’on approuve ou pas son discours matière d’immigration) est de tenter de combler le fossé entre les mots et les actes…Pour l’instant ça grince aux oreilles de l’appareil socialiste mais visiblement ce soucis de cohérence ne déplaît pas à l’opinion, de droite comme de gauche.

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