Nicolas Sarkozy a précisé les trois sujets qu’il souhaiterait soumettre à référendum s’il revenait au pouvoir en 2017…

La fusion des régions et des départements, la réduction du nombre de parlementaires (de quoi faire 8O% de oui à coup sûr) et, troisième thème, le principe selon lequel personne ne pourrait toucher des prestations sans contreparties. Voilà un thème choisi pour garantir un effet de salle UMP dans le cadre de l’élection interne… L’idée de recourir au référendum est d’abord un aveu implicite de l’impuissance du Sarkozy 2007/2012. On cherchait un inventaire, en voilà, en creux certes mais en voilà un petit bout ! Il s’agit, par le référendum, de demander au peuple d’aider le président à retrouver du pouvoir et de trancher ce que les « corps intermédiaires » s’échinent à refuser. Sauf que le référendum dans un système comme le nôtre est forcément dévoyé. Il risque de susciter une réponse à celui qui pose la question plus qu’à la question elle-même. Pour éviter ce biais il faudrait qu’une large partie du spectre politique soit d’accord avec le libellé de la question. Il n’est, évidemment, pas nécessaire que l’ensemble des partis milite pour une même réponse mais, qu’au moins, ils soient d’accord sur la question. Or, en dehors des sujets de politique européenne ou la ratification de traités internationaux, notre système, qui favorise un rapport frontal entre majorité et opposition, interdit quasiment toute possibilité d’accord sur la question posée. La dérive plébiscitaire est donc très difficile à éviter.

D’ailleurs, le général de Gaulle a voulu que le referendum soit plébiscitaire !

Oui, c’était fait pour ça. En 1961, lors du référendum sur l’autodétermination en Algérie, de Gaulle a établi la doctrine. Il a demandé clairement une approbation de sa personne, revendiquant le caractère plébiscitaire de la consultation. Voilà ce qu’il disait à la télévision quelques jours avant le vote: « Françaises, Français, vous le savez, c’est à moi que vous allez répondre (...) je me tourne vers vous par-dessus tous les intermédiaires (c’est de Gaulle qui a utilisé ce terme le premier). « En vérité, poursuit le général l’affaire est entre chacune de vous, chacun de vous et moi-même ». Etablir un lien direct entre le peuple et le souverain sur une question simple en « passant au-dessus des intermédiaires », c’est une définition (celle de Pierre-André Taguieff) du populisme. « Passer au-dessus des corps intermédiaires », c'est-à-dire de tout ce qui fait vivre la démocratie horizontale, constitue, dans sa logique même, une amplification de ce dont la vie politique française crève : la personnalisation, facteur de déresponsabilisation de la société. Il est beaucoup plus facile, et immédiatement valorisant, de proposer un référendum (qui ne peut marcher que pour des questions simples) plutôt que d’imaginer des solutions pour résoudre la crise de représentation, le problème de la reproduction inégalitaire des élites, la régénération des corps intermédiaires qui représentent pourtant ce qui est censé faire vivre la démocratie, en profondeur et au jour le jour.…

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