Jean-Luc Mélenchon et le Parti de gauche ont tenu leur convention, dite "de la France insoumise", à Saint-André-Lez-Lille.

Jean-Luc Mélenchon à la Fête de l'Humanité en septembre 2011
Jean-Luc Mélenchon à la Fête de l'Humanité en septembre 2011 © Getty / Samuel Dietz

Oui, pour un exercice de géométrie politique complexe mais assez réussi : allier l’horizontalité et la verticalité. Et pour l’instant, ça marche. Parti tôt, sans se soucier, depuis la mort du Front de Gauche, de reconstruire une alliance avec les communistes, Jean-Luc Mélenchon propose un programme destiné à réinstaller la contestation du système à gauche, alors que l’antisystème, depuis le milieu des années 90, est préempté par l’extrême droite. Cette préoccupation n’est pas nouvelle chez Mélenchon. Avec un beau score en 2012, 4 millions de voix, il s’était affirmé, sans pour autant être assez puissant pour bouleverser le rapport de force interne à la gauche ou effrayer le «système » comme le FN. Là, il est en meilleure posture. La gauche a gouverné, a déçu et, en plus de l’avantage que Jean-Luc Mélenchon peut tirer de cette situation, il s’est construit une organisation efficace qui arrive à résoudre une contradiction (pour l’instant) au cœur de sa proposition. La personnalité très typée, le caractère entier du personnage, le classe dans la logique (verticale) de nos institutions très personnalistes. Il se présente, même s’il s’en défend, comme l’homme providentiel de la gauche, sans passer par des primaires, sans faire appel à la démocratie horizontale qu’il promeut par ailleurs. Et c’est vrai qu’en même temps il a mis en place un système moderne et imaginatif de démocratie participative pour élaborer son programme.

Oui, les deux tiers des membres de la convention réunis hier étaient tirés au sort parmi les 130.000 personnes inscrites sur sa plateforme JLM2017.fr.

Et ce système du tirage au sort, dans certains cas, est l’un des éléments les plus prometteurs, parmi les instruments de l’horizontalité démocratique, pour revivifier la politique, en ces temps de défiance généralisée. Alors est-ce que ce système a été utilisé pour marquer du sceau de la modernité un programme élaboré, pour l’essentiel, par le candidat et son entourage ? Toujours est-il que certaines idées, notamment dans le domaine de l’écologie, sont issues de la plateforme. Cette méthode est cohérente avec la volonté réaffirmée de Jean-Luc Mélenchon de proposer une constituante populaire s’il était élu. La séparation d’avec les communistes clarifie aussi son discours sur la planification écologique. Thème secondaire en 2012, mis en avant aujourd’hui. Mais aussi articulées soient-elles, les propositions de Jean-Luc Mélenchon, leur aspect très dirigiste (interdictions des licenciements boursiers, retraite à 60 ans…) interdisent tout rapprochement avec un PS qui a glissé vers le social libéralisme ces dernières années. Pour l’instant, la synthèse mélenchonienne, faite de personnalisation et de démocratie participative, fonctionne. La déception d’une grande partie des électeurs de François Hollande, la présence éventuelle d’Emmanuel Macron plus un candidat écologiste, risque de morceler l’offre et d’aboutir à l’élimination de la gauche au second tour en 2017. En attendant, Jean-Luc Mélenchon est, au moins jusqu’en janvier prochain, date de la primaire socialiste, la seule certitude de gauche pour 2017. De quoi engranger et se consolider encore pendant trois mois.

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