La déclaration officielle du président de la République, hier soir.

Il est apparu très XXe siècle, dans la forme, papiers raturés devant lui pour casser l’image de la certitude arrogante, éclairage sombre… était-ce conscient ? Pour retrouver le noir et blanc de l’époque où la politique et l’histoire étaient tragiques ? Alors que cette déclaration solennelle, grave, sans interlocuteurs, ni contradicteurs, dramatisait à outrance ce qui n’était qu'un remaniement sans éclats. Ce monologue très sécurisé était l’habitude des présidents d’antan. Et encore, il fallait que la situation du pays soit à ce point critique pour, qu’en dehors de la traditionnelle allocution du nouvel an, ils apparaissent ainsi sur les grandes chaines, depuis l’Elysée : un putsch en Algérie, l’annonce d’un référendum, une intervention armée, une dissolution de l’assemblée ou, dernièrement, des attentats particulièrement sanglants : voilà ce qui par le passé pouvait conduire le président à s’adresser aux Français (avec une telle solennité dramatique) en lieu et place du journal télévisé du soir. Cette fois-ci -summum de la personnalisation du pouvoir- la gravité n’est pas celle  de la situation du pays mais bien celle de la situation du président... 

Il a commencé par un mea culpa...

Effectivement.... Un mea culpa à remarquer, preuve de lucidité sur sa gouvernance... sur sa façon de s’exprimer, dans ses relations directes avec les Français rencontrés sur le terrain. Le président a aussi montré qu’il allait plus écouter les Français (et ça, c’est nouveau chez lui) en prenant mieux en compte les corps intermédiaires, les acteurs de la démocratie horizontale, quotidienne : élus locaux, syndicats, associations... Bref, il a reconnu, en creux, que la première  partie de son mandat avait été trop verticale. Emmanuel Macron a voulu enterrer Jupiter ! Sauf que, paradoxe, lapsus communicationnel, il enterre Jupiter en utilisant le mode de communication le plus jupitérien qui soit ! Le plus ‘père de la nation’, compatissant mais déterminé et surtout en surplomb. Quand même, sur le fond (même s’il affirme ne rien changer), il est un domaine beaucoup plus appuyé que d’habitude : l’environnement et l’urgence de la transition énergétique. Prépare-t-il un vrai changement de cap ? Toujours est-il qu’il annonce pour bientôt des mesures fortes, ‘historiques’ dit-il, en matière d’environnement. Sans faire de procès d’intention, les mots forts sont légion, les actions de même facture sont plus rares. On  verra. Mais, puisque le président inscrit son action dans le cadre de l’Europe et dit relever le gant du combat politique contre le nationalisme, il lui faut trouver autre chose que le ‘toujours plus de libéralisme’ largement rejeté par les peuples du continent. L’écologie peut donner du corps à son progressisme autoproclamé.... Un sujet, l’urgence environnementale, qui a lui seul (puisqu’il impliquerait un vrai changement civilisationnel) aurait, pour le coup, justifié la gravité, la solennité de l’exceptionnel et du tragique de l’histoire. Mais l’écologie n’était pas le cœur de l’allocution d’hier. D’ordinaire… un président opte pour un ton à ce point dramatique quand la situation du pays est dramatique. Là, Emmanuel Macron a choisi ce ton parce que  SA propre situation lui parait dramatique !

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